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Gabriella Giandelli Big City Life Cartoonmuseum Bâle 2021 ©VB

Bâle Cartoonmuseum présente Big City Life

Regardons les murs de la grande ville vus par 12 dessinateurs du monde jusqu'au 20 juin 2021

Visite en français Dimanche 21/3/2021, 14 heures

La visite au Cartoonmuseum commence avec Frans Masereel , pionnier du roman graphique ( dessins à textes ou textes illustrés ) , illustrateur belge né en 1889 , disparu en 1972 au joyeux lendemain des réjouissants jetages de soutien-gorges et autres pavés au ciel parisien, un temps que les moins de 70 ans ignorent les pauvres . Bref ! 

Comment Frans Masereel voyait-il la ville en 1925 ?  Eh bien exactement comme ses collègues d’aujourd’hui . Seul , le coup de crayon change mais on y trouve les mêmes allusions : le gigantisme , la foule pressée , les attaques aveugles avec tir au hasard , la solitude du citadin  cloné à l’infini , tout y cohabite de force, l’homme en chapeau haut de forme et sa demoiselle ignorent le vagabond , une faune interlope bigarrée massée au sortir des théâtres ou déambulant dans les ruelles sombres ; la ville la nuit peut être synonyme de danger , ou d’une infinie douceur chargée de mélancolie qui sied bien au romantique qui sommeille en chacun de nous , voyez Sempé pour lequel seuls les enfants méritent la couleur dans ce monde uniformément gris et servile ou Folon hommes volants ( non représenté ici ).

New-York , big Apple sert historiquement d’étalon lorsqu’on cherche à établir un degré de démesure urbaine . Autant le dire , à en lire Will Einer , Sempé , Art Spiegelman et consors , vivre à l’ombre des grands buildings tient plus souvent de l’épreuve inhumaine que du voyage touristique . L’ambivalence de la vie citadine est entière : la ville est le lieu de toutes les solitudes , l’anonymat y est la règle bien qu’on y soit jamais tout à fait seul .  La nuit peut provoquer l’angoisse mais les trouées de lumière comme autant d’incursions sans-gêne dans l’intimité des habitants peut tout aussi bien rassurer le voyeur que nous sommes, comme le montrent les clichés de Robert Doisneau (1962 The Lodgers ) . Pour capter l’âme véritable qui anime les métropoles,  les dessinateurs figurent celles-ci tantôt  dans un chaos total comme Art Spiegelman ou au contraire dans un ordonnancement parfait de type architectural comme Chris Ware ( récompensé à Angoulême pour son album Building stories ) , mais ils racontent la même chose : derrière les murs ou entre les murs , il y a un coeur qui bat et , à condition d’écouter nos rêves , nous pourrions y croiser des oiseaux , ou des lapins , qui sait , comme le suggère Gabriella Giandelli. 

Cartoonmuseum Bâle

 

Sempé Big City Life Cartoonmuseum Bâle 2021 ©VB
Sempé Big City Life Cartoonmuseum Bâle 2021 ©VB

 

Big City Life 13/2-20/6/2021

Frans Masereel – romans graphiques de la grande ville

Pacifiste et pionnier du roman graphique, l’artiste belge Frans Masereel (1889- 1972) a anticipé tous les sujets avec son roman graphique «La ville», publié en 1925 et réédité il y a deux ans. Il présente la ville comme un lieu caractérisé par les masses et l’anonymat, la pauvreté et la dureté sociale. Ses gravures sur bois expressionnistes et sans paroles réalisées il y a environ un siècle, n’ont rien perdu de leur fraîcheur radicale et de leur urgence thématique. En outre, le fait qu’il s’intéressait moins à l’original qu’à sa reproduction et sa large diffusion, fait de lui un précurseur et une référence pour les créateurs contemporains de bandes dessinées.

Will Eisner – portrait d’une rue

Grand dessinateur américain, Will Eisner (1917-2005), fut le pionnier du« graphie novel » aux États-Unis. Dans ses textes, il a été le premier à parler d’art séquentiel et à défendre l’idée, considérée comme radicale à l’époque, d’une ambition littéraire du roman graphique. Déjà sa bande dessinée «The Spirit», réalisée dans les années 1940, un classique qui s’inspire de Frans Masereel en de nombreux aspects, s’intéresse sous le couvert du polar aux destins humains dans la grande ville, son sujet prédominant. Plus tard, Eisner créa la trilogie «A Contract with God» qui rassemble des douzaines de récits de vie dans le contexte du changement social et sociétal d’un quartier à New York. Ses remarquables dessins à l’encre de Chine s’illustrent par des perspectives proches du cinéma, des ombres aux contours nets et la mimique percutante de ses figures.

Art Spiegelman – une vie à New York

L’artiste et lauréat du prix Pulitzer Art Spiegelman (*1948) qui fonde en 1980 le magazine d’avant-garde « RAW » avec sa femme Françoise Mouly, est né à Stockholm de parents juifs, seuls survivants de leur famille après la Shoah. Depuis 1962, il vit à New York, où il a étudié l’art et la philosophie au Harpur College. En créant « Maus », il transforme l’histoire tragique de sa famille pendant la Shoah en une fable accablante et touchante qui a enrichi et modifié à jamais la bande dessinée. Dans l’exposition, nous présentons des bandes dessinées de différentes périodes de sa création qui se penchent sur New York, sa ville natale: des récits précoces autobiographiques à son amère réaction à la catastrophe qui a touché New York le 11 septembre 2001, en passant par des récits de sa vie de jeune artiste solitaire.

Chris Ware – dépérir derrière ses murs

Le côté surréel et obscur de notre vie quotidienne est l’aspect sur lequel se concentrent les albums du dessinateur américain Chris Ware, qui comptent chacun plusieurs centaines de pages. L’ouvrage «Building Stories» que nous exposons en extraits comporte 14 éléments réunis dans un carton et pose un regard sur l’arrière des façades de Chicago. On y découvre une Ligne claire revisitée au goût du jour et des dessins pleins de minutie, techniquement parfaits. Chris Ware raconte une histoire fragmentée marquée par les pertes, incarnée par la protagoniste qui a perdu une partie de sa jambe gauche lors d’un accident d’enfance.

Sempé – mélancolie urbaine

Les images du maître français Sempé (*1932), en apparence improvisées et légères, semblent insouciantes à première vue. Ses randonneurs urbains et ses flâneurs semblent petits par rapport à la grande ville, Sempé observe leurs habitudes et leurs rêveries avec un humour subtil et nostalgique. L’idylle est pourtant fragile et les conventions de politesse cachent la solitude et la mélancolie.

Christoph Niemann – voyageur et voyeur

Bédéiste, illustrateur et artiste célébré dans le monde entier, il surprend et fascine par la transposition en couleur, simple et directe, de ses impressions, qui révèlent ses qualités de portraitiste urbain et d’homme en quête permanente. La plupart de ses dessins à l’encre de Chine s’inscrivent dans la tradition des journaux de voyage dessinés. Ils séduisent par leur côté aéré spontané, virtuose et gai, mis en œuvre par Niemann grâce à une stylisation délicate et une palette de couleurs réduite. La force des travaux de Niemann repose sur la simplification délibérée, qui nous mène à l’essentiel.

Gabriella Giandelli – des récits urbains fantomatiques

La dessinatrice italienne Gabriella Giandelli (*1963), en revanche, a recours à la mémoire collective et à nos expériences dans la ville, pour créer des images chargées de symbolisme qui établissent des liens entre la vie intérieure de ses protagonistes et des espaces citadins fictifs. Ses récits urbains aux effets crayeux et aux ambiances surréelles, rappellent les contes de l’enfance mal compris, mais ressentis de manière intense.

Yann Kebbi- l’urbanisme déchaîné

Artiste formé à l’illustration et à l’estampe, Yann Kebbi (*1987) vit et travaille à Paris. Kebbi entreprend des expérimentations sur différents modes d’expression comme l’eau-forte, le monotype, la lithographie ou l’aquarelle. Il puise dans ses rencontres et ses expériences pour créer des mises en scènes- humoristiques teintées d’éléments surréels.

Dans le livre «La substance est pourrie, camarade» développé sur la base d’un coloris extraordinaire et d’un tracé à la fois puissant et anguleux, le dessinateur Kebbi et l’auteur Viken Berberian attaquent des thèmes complexes comme le problème de la planification urbaine qui ne prend pas en compte les individus. C’est une histoire consacrée à l’échec des idéologies et à la différence entre la planification et la réalité de la vie.

Helge Reumann – la folie vécue avec méthode

Pour le Suisse Helge Reumann (*1966), la ville est un lieu où sévit la violence, l’homme tente d’y dominer la nature. Dans «SUV», il crée des récits en noir et blanc, installés dans une ambiance mystérieuse marquée de folie et d’humour, qui font frémir et dérangent. Une partie de ces êtres sont des créatures déshumanisées, pourtant leur habitat et leur mode d’existence, ainsi que la lutte permanente pour le pouvoir et la suprématie portent les marques de notre société. L’histoire semble se dérouler dans un univers parallèle, dans lequel l’architecture est issue de notre monde, mais où les humains semblent provenir de différentes époques et essaient d’asservir aussi bien d’autres êtres que la nature.

Michaël Matthys – la douleur de la disparition

L’artiste belge Michaël Matthys (*1972) évoque des villes qui changent de caractère et des souvenirs qui pâlissent. Il capture sur le papier le déclin de sa ville natale Charleroi, ancien site industriel, en composant des images décolorées, aux tons sépia délavés. Charleroi était le centre de l’industrie minière et sidérurgique belge avant son déclin, qui provoqua une restructuration, un chômage important et une forte baisse des revenus. Ses dessins exécutés au sang de bœuf des abattoirs de Charleroi sont des témoignages de sa douleur de voir disparaître ces sites.

Lorenzo Mattotti – la ville comme ornement

Les images grand format de !’Italien Lorenzo Mattotti (*1954), puissamment composées au pinceau à l’encre de Chine, sont également des paysages urbains glauques, traduits en des formes fluides. L’artiste distingué de nombreuses fois révèle une autre face de son œuvre avec des pastels aux couleurs vives et aux motifs fantaisistes qui ont pour sujet la vie quotidienne des couples amoureux et des personnes faisant du sport.

Marcel Schmitz et Thierry Van Hasselt – la ville en carton et son chroniqueur

Un temps fort de l’exposition au Cartoonmuseum est constitué par la ville en carton en trois dimensions intitulée «Vivre à FranDisco» de Marcel Schmitz (*1966), un artiste belge ayant le syndrome de Down. Thierry Van Hasselt (*1969), dessinateur de bande dessinée et cofondateur de la plateforme d’édition Frémok, documente par ses dessins la ville tridimensionnelle créée par Schmitz en carton, avec des broderies et du ruban adhésif; il cherche ainsi à conserver le souvenir de cette ville ainsi que toutes les raisons pour lesquelles Schmitz la construit. Les deux artistes seront présents à Bâle pendant plusieurs semaines dans le cadre d’une résidence d’artistes, ainsi qu’à plusieurs reprises dans l’exposition.

Cartoonmuseum Bâle

 

 

 

Will Eisner Big City Life Cartoonmuseum Bâle 2021 ©VB
Will Eisner Big City Life Cartoonmuseum Bâle 2021 ©VB
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