Catherine Meurisse Cartoonmuseum Basel

Catherine Meurisse au Cartoonmuseum Bâle

 Vernissage «Catherine Meurisse. L’Humour au sérieux» Vendredi 5/11/2021, 18:30 heures

 Avec: Frédéric Journès, ambassadeur de la République française en Suisse et au Liechtenstein, Berne Catherine Meurisse, illustratrice et artiste et Anette Gehrig, directrice et commissaire d’exposition du Cartoonmuseum de Bâle. Musique: Francesca Gaza & Samuele Sorana Duo, Basel. Vous et vos amies êtes cordialement invitées. 

En octobre paraît le magnifique album «La jeune femme et la mer» de Catherine Meurisse – en outre, nous inaugurons son exposition «Catherine Meurisse. L’Humour au sérieux» à Bâle!
L’artiste française âgée de 41 ans, qui en 2020 est la première dessinatrice de bande dessinée à être nommée à l’Académie des Beaux-Arts, inspire depuis longtemps un public en dehors de la France. Qu’elle condense toute l’histoire de la littérature française dans un album ou qu’elle invente une histoire burlesque autour des cinquante œuvres les plus importantes du musée d’Orsay, tout ce que Meurisse publie a de la profondeur et pétille en même temps d’esprit et d’humour. N’ayant échappé que par hasard à l’attentat contre la rédaction de «Charlie Hebdo», elle a continué à créer des romans graphiques après la tragédie, qui témoignent de son large intérêt pour la nature et l’art et lui ont permis de retrouver le chemin de la vie. Dans «La jeune femme et la mer», dont l’exposition présentera pour la première fois des dessins originaux, deux voyages au Japon deviennent le fil conducteur d’un récit captivant qui mêle la beauté de la nature et de la culture de cet état insulaire à des questions philosophiques sur le devenir et le déclin.

J’ai le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition le vendredi 5/11/2021 à 18:30 heures et entretien avec l’artiste et dédicace le samedi 6/11/2021 à 16:00 heures. Je serai ravie de vous y accueillir. L’artiste sera présente.

Catherine Meurisse L’Humour au sérieux 6.11.2021—13.3.2022

 

Catherine Meurisse (née en 1980) est l’une des plus remarquables dessinatrices françaises contemporaines. Elle commence des études de lettres modernes à Poitiers, avant de monter à Paris et se tourner vers l’illustration, d’abord à l’École supérieure des arts et industries graphiques Estienne, puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs. Pendant ses études déjà, elle dessine pour la presse et illustre des livres pour enfants. En 2005, elle est la première femme à rejoindre l’équipe des dessinateurs de « Charlie Hebdo » et, après dix ans passés au sein du célèbre journal satirique, elle échappe de peu au massacre de sa rédaction. Catherine Meurisse est l’auteure de plusieurs romans graphiques très remarqués et ses dessins et illustrations ont été publiés dans d’innombrables journaux et magazines, dont « Libération», « L’Obs », « Zadig » et « Philosophie Magazine ».

Après son départ de « Charlie Hebdo », deux romans graphiques à caractère autobiographique voient le jour: « La Légèreté » et « Les Grands Espaces», tous deux truffés d’allusions à la littérature et à l’art. 2014 verra la publication de la comédie« Olympia moderne» qui associe des tableaux et des objets de la collection du musée d’Orsay à une histoire burlesque.

Avec « Delacroix» Catherine Meurisse réussit une belle mise en image des souvenirs d’Alexandre Dumas relatifs au peintre Eugène Delacroix. Après deux séjours à Kyoto, elle publie l’album « La jeune femme et la mer» sur sa perception du paysage, de la nature et du mode de vie japonais. En 2020, l’artiste multi-récompensée devient la première dessinatrice de bande dessinée à être admise à l’Académie des beaux-arts française.

Le Cartoonmuseum de Bâle présente pour la première fois sur le territoire germanophone une rétrospective complète des œuvres de Catherine Meurisse, mises en lumière par ses dessins originaux. Dans ses œuvres les plus récentes, Catherine Meurisse aborde la relation de l’homme à la nature avec un concept de « beauté » tel qu’il est idéalisé dans les représentations de la nature des tableaux classiques du XIXe siècle. En dehors de la plume, la dessinatrice se sert du pastel, du crayon ou de l’aquarelle. Son dernier album, « La jeune femme et la mer», traite de la signification existentielle de la « beauté » sur fond d’une nature indomptable. En 2018, elle se rend au Japon avec l’intention de peindre cette nature. « Je dois contempler comme une image tout ce que je vois», écrivait le poète et peintre japonais Natsume Soseki, dont le carnet de voyage poétique« Oreiller d’herbes» (1906) a inspiré Catherine Meurisse. Loin de la civilisation urbaine, un roman graphique émerge, inspiré par une culture qui ne nous est pas familière, reflète la confiance de l’homme dans la nature imprévisible. Les tons bleus et verts riches en nuances évoquent une « nostalgie» qui, en japonais, ne fait pas penser au regret du passé, mais à l’état heureux d’un contentement intérieur.

La nature ne pose pas. L’être humain au premier plan, cependant, prend souvent involontairement une pose comique. La nature se renouvelle sans cesse et prend le dessus de temps en temps, tout comme le typhon Hagibis a pris le dessus sur le paysage que Catherine Meurisse voulait peindre lors de son second séjour au Japon. La dessinatrice, qui a d’abord dû se redécouvrir elle-même après le bain de sang à « Charlie Hebdo » en 2015, s’inclut aussi dans la volonté de se renouveler propre à la nature. La « jeune femme » du titre est aussi une « autre », pas une étrangère.

Elle est la « seule survivante » de la célèbre « Grande Vague de Kanagawa» d’Hokusai. En cas de doute, c’est le rire qui décide.

A 21 ans, Catherine Meurisse réalise ses premiers dessins pour la presse, dans le journal satirique « Charlie Hebdo » et « Les Echos ». Elle travaille ensuite pour « Libération », « Marianne », « Télérama » et d’autres. En 2005, elle est la première dessinatrice à rejoindre la rédaction de « Charlie Hebdo ».« Charlie » devient alors un champ d’expérimentation où « tu peux faire ce que tu veux ».Pendant dix ans, elle dessine des bandes dessinées, des chroniques et des reportages politiques, par exemple sur les migrants,les couturières du Bangladesh ou la pollution causée par l’énergie nucléaire. Mais ce qu’ elle préfère, ce sont les reportages sur les soi- rées de théâtre ou de concerts, où la culture vécue déclare parfois la guerre à la laideur du monde.

La politique en soi n’a jamais beaucoup intéressé Catherine Meurisse. Elle rêvait plutôt de créer de beaux livres sans contrainte de temps, comme cela était encore possible pour Gustave Doré, Karl Arnold, George Grosz ou Saul Steinberg, illustrateurs politiques de leur époque. Elle a réussi le grand écart entre la caricature politique quotidienne rapide, souvent crue, et le dessin qui prend son temps, par exemple avec les romans graphiques ou l’illustration des livres de jeunesse. En 2019 paraît « Scènes de la vie hormonale », un recueil de chroniques en images parues dans « Charlie Hebdo ». En six à huit cases chacune, la dessinatrice parle du désir et ironise sur la vie quotidienne intime de la société française.

Après l’attentat du 7 janvier 2015 contre la rédaction qui a fait douze morts, dont cinq dessinateurs, et plusieurs blessés, Catherine Meurisse renonce à dessiner pour la presse. En réaction à la perte traumatisante de ses amis, elle se met à la recherche de son identité, de son « moi », pour dessiner seule et sans contrainte de temps, mais aussi en puisant dans un répertoire qu’elle doit à la presse libre.

 

À la recherche de la légèreté perdue
Comme dessinatrice de presse, Catherine Meurisse a « vu le monde à travers les yeux d’un autre ». Après l’attentat contre le journal satirique « Charlie Hebdo » en 2015, elle a non seulement perdu des amis proches et des mentors importants, mais aussi sa liberté, ses mots et ses souvenirs: « La terreur est l’ennemi des mots». Un an plus tard, elle décrit comment elle a échappé de justesse au massacre dans la rédaction.

« Je crois voir l’océan pour la première fois…», écrit-elle dans « La Légèreté » (2016) en parlant pour la première fois d’elle-même. La mer s’étend comme un pastel aux couleurs aquarelle sur les premières demi-pages. Elle est à la fois une perspective et un horizon, l’imprévisibilité et le danger. Dans sa quête des mots perdus, Catherine Meurisse retrouve ses amis immortels : des artistes et des écrivains tels Marcel Proust, Pierre Loti ou Émile Zola. Dix mois après l’attentat, dans la deuxième partie du livre, la dessinatrice se décrit dans les jardins de la Villa Médicis à Rome en quête du « syndrome de Stendhal», ce dé- bordement d’émotions nommé ainsi en psy- chologie. Freud a décrit la confusion des sens constatée par Stendhal lors de son voyage en Italie en 1817 comme un « trouble de la mémoire » qui pouvait saisir les voyageurs dans des lieux où l’esthétique se condense.

Mais Catherine attend en vain. Au contraire, devant les statues des enfants massacrés de Niobé, ses amis tués lui apparaissent, et devant les torses restaurés en plâtre, elle voit leur guérison et leur retour à la vie. L’attentat contre « Charlie Hebdo », comme l’un des nombreux massacres de l’histoire humaine, est subordonné à l’idéal de la beauté. En utilisant l’aquarelle, le pastel, l’encre et avec le léger trait de sa plume, elle tisse un nouveau fil de vie sur les ruines du présent.

 

Poussin et Proust pour améliorer la vie
En se racontant, Catherine Meurisse retrouve le chemin du rire. « Les Grands Espaces » est l’histoire de son enfance à la campagne et se déroule exclusivement pendant les mois de printemps et d’été, « comme chez Poussin». C’est dans cette periode de formation qu’elle fait aussi ses premières rencontres avec l’art classique : une visite du Louvre et des jardins de Versailles. « Je pouvais passer des heures à contempler la nature… Mais c’est celle rêvée par les peintres du Louvre qui m’inspirait.» Le feuillage des arbres de Corot, les bosquets de Fragonard, les arbustes de Watteau étaient « mes grands espaces ».

Meurisse a grandi près de Poitiers où ses parents emménagent en 1987 avec leurs deux filles, dans une maison en pierre délabrée qu’ils n’ont cessé de restaurer. Le jardin que les enfants ont créé avec leurs parents en toute liberté et générosité, s’est transformé au fil des ans en une « forêt de symboles». Le bidon d’eau de pluie est devenu la « fontaine de Diane », il y avait un « parc du château » et une « allée cavalière ». Le grand platane a été baptisé « Swann» d’après « À la recherche du temps perdu» de Marcel Proust.

« Les arbres nous donnent un sentiment d’éternité. Quand on grandit auprès d’eux, on ne les voit pas pousser.» Aujourd’hui encore, des fleurs et des plantes prospèrent sur le balcon de Catherine Meurisse à Paris, comme autant d’héritages vivants du jardin familial ou du Jardin des Tuileries que sa mère a fait pousser en suivant les instructions d’un Loti et d’un Zola. « Les Grands Espaces» est une Comédie humaine personnelle, à laquelle la dessinatrice invite Rabelais ou Montaigne à descendre de temps en temps de leur piédestal. Les délicats dessins au crayon ont été mis en couleur par Isabelle Merlet d’après des photographies de l’artiste.

 

L’amour passe par les yeux
En 2005, Catherine Meurisse termine ses études à l’École Estienne avec un projet sur Eugène Delacroix qu’elle publie à Genève peu après puis qu’elle réédite et développe en 2019. En révélant des techniques de dessin et de peinture virtuoses, elle revisite une « causerie» qu’Alexandre Dumas donne en hommage son ami peintre un an après sa mort. Delacroix, considéré comme un maître de la couleur et un romantique qui a inauguré l’impressionnisme, est également célébré par Catherine Meurisse comme un défenseur de la liberté et de la souveraineté artistique. Son tableau « La liberté guidant le peuple », par exemple, a été peint en réaction à la Révolution de Juillet en 1830 et incarne une période décisive de la satire en France.  Dans «Delacroix», Catherine Meurisse ne se laisse pas limiter par des cases, en revanche elle s’approprie les œuvres majeures du maître sur des demi-pages ou des pages entières ajoutées dans cette nouvelle édition, en plus de ses multiples croquis.

 

Dans « Mes hommes de lettres » (2008), le savoir de la société est servi du Moyen Âge au XXe siècle, du « Roman de Renart » à Sartre et Simone de Beauvoir en passant par Balzac, Proust, Gautier. La dessinatrice aborde l’histoire littéraire en étroite relation avec l’histoire de l’art. Le fait que ce soient majoritairement les hommes qui sont invités à raconter s’explique par le fait qu’ils ont façonné le savoir encyclopédique de la société française. Dans « Moderne Olympia » (2014), cependant, Catherine Meurisse redonne une place aux femmes et fait revivre grâce à elles cinquante œuvres du musée d’Orsay. Le nom d’Olympia est emprunté à l’œuvre éponyme d’Edouard Manet (1863), qui a provoqué l’un des plus grands scandales de l’histoire de l’art.

Quand le loup et le renard doivent rester sur leurs gardes

Catherine Meurisse a commencé à illustrer des livres pour enfants et adolescents dès ses études. Son travail de fin d’études à l’École des beaux-arts de Paris (2002) est consacré au « Roman de Renart», un recueil humoristique d’épisodes du Moyen Âge, considéré comme le pendant du roman courtois et contenant de nombreuses représentations animalières. Dès l’enfance, elle a posé son regard sur Quentin Blake, René Goscinny, Sempé ou Tomi Ungerer: leurs influences apparaissent dans ses illustrations du loup sans défense (« Petites histoires pour rire du loup» d’Anne Cortey, 2007), de la folle tante Thérèse de Fabrice Nicolino (« Ma tata Thérèse», 2012) ou encore « Elza » (Didier Lévy, 2012).

Qu’il s’agisse du type d’humour, de la vastitude de la nature ou de la figure d’une petite fille, ou d’une femme, qu’il ne faut pas prendre à la légère – ce sont des thèmes que Catherine Meurisse se plait à explorer également dans son œuvre ultérieure. Un thème de contes de fée, la transformation, à son tour, est vécue par la dessinatrice lors de son voyage ultérieur au Japon comme une force mystique permettant le renouvellement.

À la lecture, la distinction entre texte et image est rendue caduque par la force et l’animation du trait de Meurisse. Sa plume légère guide le regard à travers l’histoire comme les caractères d’un texte. Les contes pour enfants remplissent leur fonction lorsque les frontières entre les formes sont abolies, lorsque l’imagination devient réalité et la peur devient rire, lorsque les gens apparaissent comme des animaux et les animaux prennent l’apparence de gens vêtus de costumes fabuleux. « Petites histoires pour rire du loup » raconte, entre autres, l’histoire de Mila, affamée, qui ne connaît pas la peur, pas même celle du grand loup qu’elle veut manger. À la fin, le loup n’est rien de plus qu’un ragoût d’agneau, et désormais tous les autres loups se méfient de cette petite fille affamée.

L’humour est la politesse du désespoir


Catherine Meurisse a collaboré à plusieurs reprises avec des journalistes et des scénaristes pour ses reportages, livres pour enfants et livres de jeunesse. « Drôles de femmes » (2010), avec Julie Birmant, est un exemple de la façon dont l’humour peut être combiné avec l’émotion ou même la poésie. La dessinatrice a rencontré la journaliste et auteure en 2008 à la rédaction de « Charlie Hebdo » et lui a proposé de traduire en bande dessinée les entretiens avec des femmes humoristes réalisées pour « France Culture ».

Elle a assisté aux entretiens ultérieurs, a réalisé des croquis des personnes présentes et a documenté les ambiances et les lieux exacts. Il en résulte un authentique BD reportage sur des voix de femmes fortes dont celle de Claire Bretécher que Catherine Meurisse a rencontrée en 2009 dans le cadre du portrait de Dominique Lavanant. Claire Bretécher a exercé une influence majeure sur Catherine en tant que figure de proue des questions de genre dans la bande dessinée.

C’est aussi le cas dans « Savoir-vivre ou mourir » (2010), un guide de bonne conduite, pour lequel la dessinatrice s’est rendue à l’Académie Nadine de Rothschild « International Way of Life » à Genève pour éclairer de son regard humoristique les codes de notre société censés y assurer le succès. Par « so- ciété », Catherine Meurisse entend géné- ralement aussi les règles non écrites ou les modèles de comportement stéréotypés entre les sexes. Sa satire vise les angles morts de la nature humaine où l’homme scie souvent la branche sur laquelle il est assis. Par ailleurs, depuis 2019, elle réalise aussi des illustrations libres sur des sujets d’actualité, souvent teintées d’humour pour les magazines « Zadig » et « Philosophie Magazine ».

Cartoonmuseum Basel

St. Alban–Vorstadt 28
CH– 4052 Basel
Tel. +41 (0)61 226 33 60
info@cartoonmuseum.ch
Mardi au dimanche 11 h— 17h

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