Charles Ray Centre Pompidou Paris

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26 avril 2022

Charles Ray Centre Pompidou Paris avril 2022©VB
Charles Ray Fall 91-1992 Centre Pompidou Paris avril 2022 ©VB

Charles Ray une théorie de la relativité 16 février – 20 juin 2022

Charles Ray School Play 2014 Centre Pompidou Paris 2022 ©VB

Commissariat Jean-Pierre Criqui, conservateur, service de la collection contemporaine, Musée national d’art moderne, assisté d’Annalisa Rimmaudo, attachée de conservation au service de la collection contemporaine, Musée national d’art moderne.

Imaginée en dialogue avec Charles Ray (né à Chicago en 1953, vivant et travaillant à Los Angeles), l’exposition du Centre Pompidou, propose, à travers un ensemble d’œuvres représentatif de ses cheminements, une promenade, un paysage à habiter autant par le corps que par l’esprit.
Le travail de Charles Ray, s’il est restreint en quantité (une centaine d’objets à ce jour), est extrêmement riche. Il interroge dès l’origine le spectateur, en lui posant sans cesse cette question : qu’est-ce qu’une sculpture ? Les réponses de l’artiste sont multiples, et il s’emploie depuis les années 1970 à les faire varier. Grâce à une profonde connaissance de l’histoire de l’art sculptural, des sculptures archaïques grecques jusqu’aux réalisations de ses contemporains, le travail de Charles Ray se distingue par son immédiateté.
Pour le public, appréhender son travail revient à effectuer un voyage sensoriel entre expérience du parcours et échos intimes et historiques qu’il fait résonner en chacun de nous. Ainsi, ses œuvres marquent toujours le moment ultime d’une histoire aussi longue que complexe, qui va de sa conception – mentale – à sa fabrication – matérielle –, l’une et l’autre étant indissolublement mêlées.

Présentation des œuvres exposées au Centre Pompidou

Charles Ray Shoe Tie 2012 Centre Pompidou 2022 ©VB

À partir de citations de l’artiste ou de commentaires d’auteurs de références.
« Une sculpture est en puissance un essai écrit dans quatre dimensions de notre monde vécu, les trois dimensions de l’espace et celle du temps. » Charles Ray
À la question « Qu’est-ce qu’une sculpture ? », Charles Ray propose une large gamme
de réponses liées à la profonde connaissance de son art, depuis les statues archaïques grecques jusqu’aux inventions de certains de ses contemporains.
Paradoxe : l’immédiateté avec laquelle le spectateur rencontre ses œuvres n’a d’égale que la complexité de la conception et de la production de celles-ci. Selon une perspective inédite, cette exposition offre un éclairage sur près de cinquante ans de carrière, depuis les débuts de l’artiste/performer en tant que sculpture vivante jusqu’à ses tout derniers travaux. Elle est également marquée par divers moments culminants de ce qui constitue en définitive une refondation de l’art sculptural. Ainsi Hinoki (voir p.16), réalisé en 2007 est montré pour la toute première fois en dehors du musée américain qui le conserve.

Biographie de Charles Ray

Charles Ray Hinoki 2007 Centre Pompidou 2022 Paris ©VB

Charles Ray naît en 1953 à Chicago. Il étudie l’histoire de l’art d’abord à l’University of Iowa (diplômé en 1975) auprès du sculpteur canadien Roland Brener (1942-2006) qui l’initie à l’esthétique constructiviste, lui présente Anthony Caro (1924-2013), dont il a été lui-même élève, et lui fait découvrir David Smith (1906-1965). Charles Ray termine ses études à la Mason Gross School of Art, dans le New Jersey, en 1979.
Il se consacre d’abord à l’art abstrait et à des installations minimalistes. Dès sa première exposition, en 1971, son installation One-Stop Gallery propose une synthèse des développements de la sculpture du 20e siècle : l’artiste dispose une collection de petites sculptures à même le sol, toutes inspirées d’œuvres de ses contemporains minimalistes, comme Robert Morris (1931-2018). Ray réalise aussi des performances qu’il photographie tel Plank Pieces (1973) où il « s’accroche » au mur au moyen d’une planche de bois.
Dans les années 1980, Charles Ray produit des illusions de sculptures solides mono-chromes – un cube noir rempli à ras bord d’encre noire (Ink Box,1986) –, polychromes – un cube en marbre blanc empli d’un médicament liquide rose (Pepto-Bismol in a Marble Box, 1988) – ou encore des troubles de la perception – un flux continu d’encre noire tombant d’un trou au plafond à un trou identique au sol (Ink Line, 1987).
Au tournant des années 1990, Charles Ray fait entrer la figure humaine dans son œuvre, photographiant ou sculptant notamment son propre corps, comme dans son premier Self-Portrait (1990) en fibre de verre, ou Yes (1990) et No (1992), deux autoportraits photographiques. Dans son premier groupe sculpté, Oh! Charley, Charley, Charley… (1992), l’artiste se met en scène huit fois : chaque per-sonnage composant le groupe est un autoportrait représenté dans des positions sexuelles diverses, l’ensemble étant composé de façon à créer l’illusion d’une scène orgiaque. Pour Puzzle Bottle (1995), Ray enferme son autoportrait miniaturisé dans une bouteille tandis que, plus récemment, il se fait cavalier dans Horse and rider (2014) en empruntant et en détournant les codes de la statuaire équestre propre aux représentations royales ou militaires.
Fasciné par la figure du mannequin, du modèle, et par son usage « consommable » exacerbé par la Pop culture et la société de consommation, Charles Ray puise à l’histoire de la sculpture classique pour se concentrer sur des recherches d’inscription de la figure humaine dans l’espace. L’artiste réalise à la même époque la série de mannequins féminins surdimensionnés intitulés Fall’ 91 (1992) ainsi que sa sculpture Family Romance (1993) – quatre membres d’une famille, représentés nus, en fibre de verre peinte, tous restitués à la même taille.
Dans les années 2000, son œuvre devient plus radical, se dépouillant progressivement, jusqu’à privilégier la monochromie, le poli extrême réalisés en acier inoxydable, en fibre de verre ou en aluminium peints. Elle orchestre un mélange entre certains détails d’une grande précision et des zones estompées qui opère une certaine stylisation. Ray joue encore de l’échelle de ces personnages, suspendus entre présence et désincarnation, tendant de façon paradoxale à l’abstraction. En 2009, Charles Ray répond pour la première fois de sa carrière à une commande, celle adressée par François Pinault pour la conception d’une sculpture placée à la proue de la Punta della Dogana, à Venise. Charles Ray imagine Boy with frog, qui deviendra l’une de ses œuvres les plus emblématiques : un garçon nu tenant, dans son poing dressé devant lui, une grenouille par la patte.
Charles Ray n’accepte que très rarement de participer à des expositions monographiques. Jusqu’aux deux expositions présentées conjointement en 2022 à Paris par le Centre Pompidou et la Bourse de Commerce — Pinault Collection, les plus récentes rétrospectives de Charles Ray avaient été organisées au Museum of Contemporary Art de Los Angeles en 1998, au Kunstmuseum de Bâle en 2015 puis au Art Institute de Chicago en 2015. Depuis lors, quelques œuvres avaient été exposées à la George Economou Collection à Athènes (2017), à l’American Academy de Rome (2017) et au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia à Madrid (2019). Son œuvre a été notamment exposé à la Biennale de Venise, en 1993 et en 2003, et à l’occasion de la biennale du Whitney Museum of American Art, à New York, à cinq reprises (1989, 1993, 1995, 1997 et 2012).

« Qu’il travaille la pierre, l’argent ou l’acier, Charles Ray crée des fantômes solides qui viennent hanter notre espace. Longtemps cette dimension spectrale fut implicite. Aujourd’hui, cette sorcellerie évocatoire est mise au premier plan et Ray joue à la fois sur l’absence (de rênes dans Horse and rider, de lacets dans Shoe tie) et la présence. » Philippe Sénéchal
Extrait du catalogue de l’exposition

« Extraire des chefs-d’œuvre du passé des problématiques plastiques, au-delà de l’iconographie, et produire, de la manière la plus contemporaine possible, des effets poétiques aussi durables, tel est le défi que Ray s’assigne. »
Philippe Sénéchal
Extrait du catalogue de l’exposition

« À propos des sujets de mes œuvres, quand j’étais jeune sculpteur, j’obser-vais souvent la sculpture moderniste mais je n’en ai jamais compris son sujet; plus récemment j’ai commencé à comprendre que pour de nombreux sculpteurs de cette génération la véritable signification de leurs travaux ne résidait pas dans les matériaux qu’ils utilisaient (comme des poutres ou des clous) mais dans la relation qu’ils établissaient avec ces matériaux. » Charles Ray
Extrait de l’entretien donné à Paul Schimmel, publié dans le catalogue de l’exposition
« Éloge du doute », Punta della Dogana, 2011

Le catalogue
À l’occasion de cette carte blanche à Charles Ray à la Bourse de Commerce – Pinault Collection et au Centre Pompidou, les deux institutions parisiennes co-éditent un catalogue commun, ouvrage de référence consacré à ces deux expositions événement.

Exposition Charles Ray Centre Georges Pompidou

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