Christo et Jeanne-Claude 985©Centre Pompidou

Christo et Jeanne-Claude emballent le public au Centre Pompidou

Exposition d’automne du Centre Pompidou : Christo et Jeanne-Claude années parisiennes jusqu’au 19 octobre 2020

Dès 1975, Christo et Jeanne-Claude développent l’idée d’empaqueter le Pont-Neuf à Paris avec de la toile polyamide de couleur grès doré, qui recouvrirait les côtés et les voûtes des douze arches du pont, les parapets, les bordures et les trottoirs (le public devant pouvoir marcher sur la toile), ses quarante-quatre lampadaires, ainsi que les parois verticales du terre-plein de la pointe occidentale de l’Île de la Cité et l’esplanade du Vert-Galant. L’exposition majeure consacrée à Christo et Jeanne-Claude retrace l’histoire de ce projet, de 1975 à 1985, et revient sur leur période parisienne, entre 1958 et 1964, ainsi que l’histoire du projet The Pont-Neuf Wrapped [Le Pont-Neuf empaqueté], Paris, avant l’empaquetage de l’arc de triomphe prévu en 2021.

Christo Emballage du Pont-Neuf Paris 1985©Centre Pompidou
Christo Emballage du Pont-Neuf Paris 1985©Centre Pompidou

 

Ces sept années passées dans la capitale sont essentielles pour l’évolution du travail de Christo..Il commence  à donner une dimension monumentale à ses œuvres en concevant différents projets pour la ville. La première partie de l’exposition présente environ 80 œuvres créées de 1958, année où Christo et Jeanne- Claude se rencontrent, jusqu’à 1964, date à laquelle les artistes s’installent définitivement à New York. 

La deuxième partie, The Pont-Neuf Wrapped Documentation Exhibition [Le Pont-Neuf empaqueté, exposition-dossier], rend compte de toutes les étapes du projet menant à la réalisation de l’œuvre monumentale . The Pont-Neuf Wrapped, Paris, 1975-1985, avec la présentation d’environ 300 pièces, incluant des dessins et collages originaux, une maquette, des photographies, des documents d’archives, des études et des éléments d’ingénierie issus du projet réalisé.

L’exposition intègre également la projection du film d’Albert et David Maysles, Christo in Paris (1990), qui retrace les dix années consacrées par Christo et Jeanne-Claude au projet The Pont-Neuf Wrapped et évoque la biographie de ce couple exceptionnel, dont le travail commun a fait naître des œuvres parmi les plus spectaculaires de l’histoire de l’art des 20e et 21e siècles.

Commissaire Sophie Duplaix . Chargée de recherche Marion Guibert Chargée de production Anne-Claire Gervais Architecte scénographe Corinne Marchand

Jeanne-Claude par Christo 1963©VB
Jeanne-Claude par Christo 1963©VB

Christo et Jeanne- Claude , un parcours artistique exemplaire

Christo (Christo Vladimirov Javacheff) et Jeanne-Claude (Jeanne-Claude Marie Denat) sont nés tous deux le 13 juin 1935, respectivement à Gabrovo (Bulgarie) et à Casablanca (Maroc). Christo fuit la Bulgarie communiste pour se rendre à Prague en 1956. Il parvient à s’échapper du bloc soviétique en 1957 en passant dans un premier temps par Vienne, puis par Genève, pour finalement s’établir en mars 1958 à Paris, où il rencontre Jeanne-Claude à l’âge de 23 ans. Malgré sa formation classique à l’Académie des Beaux-Arts de Sofia, Christo développe son propre langage artistique durant ces années parisiennes, en travaillant la surface, les textures, l’empaquetage d’objets et l’appropriation sculpturale de l’espace. Par la suite, il commence avec Jeanne- Claude à développer les projets temporaires monumentaux pour lesquels ils sont désormais célèbres.

l y a un avant et un après l’emballage frénétique .À son arrivée à Paris, afin de gagner sa vie, Christo réalise des portraits à l’huile sur toile de familles de la haute société, signant la plupart de ces œuvres de son vrai nom, « Javacheff ». Dans la chambre de bonne qui lui sert d’atelier, il commence à créer ce qu’il appelle son Inventaire – un ensemble de boîtes en métal, de bouteilles, de caisses et plus tard de barils, empaquetés dans du tissu rigidifié par de la laque et ficelés, qu’il signe de son nom d’artiste, « Christo ». Christo s’intéresse alors particulièrement au travail de la surface : « Il ne s’agissait pas tant de créer un objet, mais plutôt la texture de l’objet lui-même » dit-il. Les Surfaces d’Empaquetage résultent de ces expériences réalisées avec du papier, parfois du tissu, auquel Christo donne un aspect accidenté par des froissages et des plis qu’il rigidifie avec de la laque, la peinture venant rehausser les reliefs.

Dans la continuité de ces recherches, il créé la série des « Cratères ». Peu connue et présentée ici pour la première fois, elle se caractérise par une forte matérialité : le sable et la poussière mêlés à la peinture et à la colle créent un paysage lunaire qui envahit la surface de l’œuvre en ménageant aspérités et crevasses. Les Cratères réalisés par Christo peuvent être considérés comme une réponse au travail matiériste de Jean Dubuffet des années 1950. La plupart des Empaquetages caractéristiques de Christo sont réalisés entre 1958 et le début des années 1960, à partir d’objets du quotidien.Le tissu, dans un premier temps froissé et laqué, puis laissé à l’état brut, simplement attaché avec des cordes et des ficelles, fait aussi place par la suite au polyéthylène .La transparence et la rigidité sculpturale de ce film plastique en feront un matériau de prédilection pour l’empaquetage de statues et de modèles vivants.

Les premières œuvres de Christo dans l’espace public sont des structures temporaires, faites de colonnes ou d’accumulations de barils. La plupart de ces œuvres sont réalisées dans l’atelier dont l’artiste dispose également à Gentilly, en banlieue parisienne. « Je trouvais que les barils de pétrole ressemblaient déjà à des sculptures », dit-il, « Les taches d’huile, les couleurs délavées, la rouille, les bosses – Je les trouvais fascinants, très beaux, car ils faisaient “vrais”.» En réaction à l’édification du Mur de Berlin en 1961, Christo et Jeanne-Claude imaginent de barrer une des rues les plus étroites de Paris avec un mur constitué de 89 barils . Erigé dans la nuit du 27 juin 1962, le Mur provisoire de tonneaux métalliques – Le Rideau de fer, rue Visconti, Paris, 1961-1962, consitue leur deuxième intervention dans l’espace public. Christo parvient à réaliser le projet, avec la complicité de Jeanne-Claude, le soir du 27 juin 1962, avant d’être sommé par la police de démanteler son édifice. En écho à ce qui constituera son premier projet urbain parisien, il présente pour quelques jours des installations, photographies et dessins autour de son travail sur les barils à la Galerie J, dont le conseiller est le critique d’art Pierre Restany. Il s’agit également de sa première exposition personnelle à Paris. 

Dès 1961, Christo et Jeanne-Claude envisagent pour la première fois d’empaqueter un bâtiment public (salle de concert, salle de conférence, prison, parlement…). À cette époque, Christo, qui habite non loin de l’Arc de triomphe, réalise différentes études de ce monument dont le photomontage Édifice public empaqueté (Projet pour l’Arc de triomphe, Paris), 1962-1963. Ce projet doit finalement voir le jour à l’automne 2021 .

Les premiers projets urbains de Christo et Jeanne-Claude sont d’abord imaginés sous forme de collages réalisés à partir de photographies, assortis ou non d’un texte. Dès l’automne 1961, Christo envisage d’empaqueter un édifice public parisien, et plus précisément l’École militaire, comme en témoignent deux photomontages réalisés avec l’image d’un même Empaquetage. En 1962, Christo projette déjà d’empaqueter l’Arc de triomphe de la place de l’Étoile. Le monument est figuré dans un collage par l’image d’un petit objet empaqueté quadrangulaire, visible dans ce grand photomontage et présenté dans l’exposition. Ce projet, évoqué plus loin dans le parcours par un court documentaire montrant Christo dans son atelier new-yorkais, verra le jour à l’automne 2021, soit près de soixante ans après sa conception.

Christo emballage du quotidien Centre Pompidou ©VB
Christo emballage du quotidien Centre Pompidou ©VB

Le Pont-Neuf empaqueté, Paris, 1975 – 1985

Il s’agit d’un projet urbain majeur imaginé par Christo et Jeanne-Claude pour Paris, dès 1975. The Pont-Neuf Wrapped  est un ensemble de 337 pièces, incluant 36 dessins et collages originaux, une maquette, des documents d’archives, des éléments d’ingénierie issus du projet réalisé et environ 200 photographies de Wolfgang Volz, qui travaille aux côtés des artistes depuis une quarantaine d’années. Le principe de l’exposition-dossier, constitué pour chaque projet majeur de Christo et Jeanne-Claude, est de préserver la mémoire des œuvres temporaires, de faire comprendre leur ampleur et leur complexité, en retraçant l’histoire du projet, des prémices à sa réalisation.

EMBALLER  : PRÉSERVER , PROTÉGER , FIGER DANS LE TEMPS , MODIFIER RADICALEMENT L’ALLURE DE LA CHOSE VOIRE LA RENDRE MÉCONNAISSABLE

Dès 1975, Christo et Jeanne-Claude conçoivent l’idée d’empaqueter le Pont-Neuf avec de la toile polyamide de couleur grès doré, qui recouvrirait les côtés et les voûtes des douze arches du pont, ses parapets, ses bordures et ses trottoirs (le public doit pouvoir marcher sur la toile), ses quarante-quatre lampadaires, ainsi que les parois verticales du terre-plein de la pointe occidentale de l’Île de la Cité et l’esplanade du Vert-Galant. Œuvre temporaire, en prise avec le réel, cette transformation souligne les qualités architecturales du pont et renouvelle notre rapport à l’appréhension de ses volumes et à la déambulation.

« Depuis plus de quatre siècles, le Pont-Neuf a été le sujet de centaines d’œuvres », explique Christo, « Une fois empaqueté , pour deux semaines, il est devenu une œuvre d’art à part entière ». S’inscrivant dans la lignée de Jacques Callot, Turner, Renoir, Brassaï, Pissaro, Picasso et Marquet, Christo et Jeanne-Claude écrivent un nouveau chapitre de l’histoire du pont parisien.

À l’instar de toutes les œuvres temporaires de Christo et Jeanne-Claude, The Pont-Neuf Wrapped, Paris, 1975-1985 [Le Pont-Neuf empaqueté, Paris, 1975-1985] a été présenté pendant une durée très brève du 22 septembre au 6 octobre 1985. Ce projet a nécessité un dispositif technique et humain colossal, sans compter les dix années de négociation auprès des politiques et des riverains. Les artistes financent leurs réalisations monumentales exclusivement grâce à la vente des collages, dessins préparatoires, maquettes réalisés par Christo dans le cadre des projets et à la vente d’œuvres des années 1950 et 1960.

Les artistes n’ont jamais bénéficié de financement public ou privé.

« Tous nos projets temporaires ont un caractère nomade, transitoire, ils sont en perpétuel mouvement », précise Christo,

« Ces œuvres ne sont visibles qu’une fois dans une vie mais restent gravées dans les mémoires. Cet aspect est essentiel dans notre démarche et rappelle un principe résolument humain : rien ne dure éternellement et c’est là toute la beauté de la vie ».

Christo Empaquetage 1960 Centre Pompidou©VB
Christo Empaquetage 1960 Centre Pompidou©VB

L’Arc de triomphe empaqueté 2021

Décédé le 31 mai dernier, Christo se disait«impatient de travailler à nouveau à Paris ,trente-cinq ans après que Jeanne-Claude et moi-même avons emballé le Pont-Neuf».Tous deux souhaitaient la poursuite de leurs projets artistiques après leur disparition.

L’Arc de Triomphe empaqueté (Projet pour Paris, place de l’Étoile-Charles de Gaulle) est maintenu. L’équipe Christo et Jeanne-Claude, en étroite collaboration avec le Centre des monuments nationaux (CMN) et le Centre Pompidou, réalisera L’Arc de Triomphe empaqueté (Projet pour Paris, Place de l’Étoile-Charles de Gaulle), qui sera visible pendant 16 jours . Elle nécessitera 25 000 mètres carrés de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté et 7 000 mètres de corde rouge.

Comme tous les projets artistiques de Christo et Jeanne-Claude, L’Arc de Triomphe empaqueté sera entièrement autofinancé grâce à la vente de ses études préparatoires, dessins, collages du projet ainsi que des maquettes, œuvres des années cinquante-soixante et des lithographies originales dédiés à d’autres sujets. Il ne bénéficiera d’aucun financement public ou privé.

En 1961, trois ans après leur rencontre à Paris, Christo et Jeanne-Claude commencent à concevoir et créer des œuvres temporaires pour l’espace public. Christo fait, en 1962-63, un photomontage avec l’Arc de Triomphe empaqueté, vu depuis l’avenue Foch (cf. page 8), puis, en 1989, un collage, avant de reprendre et développer ce projet à partir de 2017. Près de 60ans plus tard ,ce projet sera concrétisé. 

Le Centre des monuments nationaux, qui assure au nom de l’État la conservation et l’ouverture au public de l’Arc de Triomphe, se félicite de la réalisation d’un projet qui témoigne de son engagement en faveur de la création contemporaine et de la mise en valeur de l’un des monuments les plus emblématiques de Paris et de France .La Flamme de la Nation devant la tombe du Soldat Inconnu, sous l’Arc de Triomphe, continuera à bruler pendant les travaux d’installation et durant toute la période où l’œuvre sera visible .Associations, bénévoles et volontaires attachés aux valeurs de la République continueront à s’y relayer pour assurer la continuité du souvenir et de la mémoire et assurer les cérémonies quotidiennes du ravivage de la Flamme et les hommages auSoldat  Inconnu dans la solennité requise. Le monument et sa terrasse resteront accessibles au public pendant toute la durée du projet.

CENTRE POMPIDOU

Centre Pompidou septembre 2020 ©VB
Centre Pompidou septembre 2020 ©VB
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