Fondation Beyeler Georgia O’Keefe

22 janvier 2022

Georgia O'Keeffe My front yard 1941 Fondation Beyeler ©VB
Georgia O’Keeffe My front yard 1941 Fondation Beyeler ©VB
Georgia O’Keeffe Jimson Weed White Flower 1932 Fondation Beyeler ©VB

Georgia O’Keeffe (1887–1986),  23 janvier –au 22 mai 2022

La Fondation Beyeler consacre la première exposition de son année anniversaire à Georgia O’Keeffe (1887–1986), l’une des peintres les plus importantes et figure emblématique de l’art moderne américain. Réunissant 85 œuvres de collections publiques et privées, principalement en provenance des États-Unis, « Georgia O’Keeffe » propose un aperçu représentatif de l’œuvre aussi multiple que surprenant de cette artiste d’exception. La rétrospective offre une rare occasion au public européen de découvrir dans une telle profondeur l’œuvre de Georgia O’Keeffe, très peu représenté dans des collections hors des États-Unis.

L’exposition à la Fondation Beyeler met en lumière la manière si singulière de O’Keeffe de contempler son environnement et de traduire ses perceptions en images inédites de la réalité – parfois presque abstraites, parfois proches de leur modèle naturel. « On prend rarement le temps de voir vraiment une fleur. Je l’ai peinte assez grande pour que d’autres voient ce que je vois. » Cette citation de 1926 peut servir de fil conducteur à l’exploration de l’art et de la vie de l’artiste. O’Keeffe a développé un langage visuel propre, oscillant entre abstraction et figuration, d’une actualité exceptionnelle non démentie à ce jour. La combinaison de son regard particulier et de son approche délicate et respectueuse du monde naturel fait de Georgia O’Keeffe la peintre de paysages et de la nature la plus importante et la plus passionnante du 20ème siècle.

À partir de 1918, Georgia O’Keeffe passe des années décisives de son évolution artistique dans la métropole de New York, au cœur du cercle étroit alors très en vogue et hautement influent réuni autour d’Alfred Stieglitz, photographe, galeriste et promoteur de l’art moderne. Sa galerie opère très tôt comme lieu de présentation et de discussion de l’avant-garde européenne ; c’est aussi un endroit où la jeune création artistique et photographique américaine trouve stimulation et soutien. O’Keeffe doit sa reconnaissance précoce et la carrière qui s’ensuit au soutien de Stieglitz, son futur époux, et à son association plusieurs décennies durant à la scène artistique new-yorkaise. Cependant, la vie urbaine ne laisse que peu de traces visibles dans sa production artistique.

O’Keeffe grandit sur la ferme laitière de ses parents dans le Wisconsin, dans le Midwest américain. Les étapes décisives de son développement artistique se déroulent à Charlottesville, Virginia, puis à Canyon, Texas, où elle occupe de 1916 à 1918 un poste de professeure d’art. Après son déménagement à New York, des séjours réguliers dans différents endroits continuent à rythmer sa vie d’artiste. Pendant de nombreuses années, ce sont des séjours l’été dans la résidence secondaire de la famille Stieglitz sur le lac George dans l’État de New York, où elle puise l’inspiration pour une grande partie de son travail de l’époque. En 1929, O’Keeffe passe pour la première fois plusieurs semaines au Nouveau-Mexique dans le sud-ouest des États-Unis, où elle retourne chaque année, toujours seule, et où elle s’installe définitivement après la mort de Stieglitz.

L’exposition commence par les premiers travaux de O’Keeffe, réalisés en parallèle à son activité d’enseignante en Virginie et au Texas. Des dessins au fusain comme Early Abstraction, 1915, et No. 14 Special, 1916, sont présentés à côté d’une sélection d’aquarelles de petit format d’une grande intensité chromatique et lumineuse. Red Landscape, 1916/17, avec son ciel nocturne éclairé par une explosion spectaculaire qui baigne les collines arides d’un rouge éclatant, est l’une des rares peintures à l’huile de cette époque.

Des œuvres telles Blue and Green Music, 1919/1921, et Series I – From the Plains, 1919, manifestent ensuite le travail de l’artiste sur l’abstraction. C’est cependant la coexistence de la figuration et de l’abstraction qui régit fondamentalement le travail de O’Keeffe. Le monde végétal, en particulier les fleurs, fournit des motifs centraux de son œuvre. Dans ses peintures florales de grand format comme Jimson Weed / White Flower No. 1, 1932, l’une des plus célèbres de ce groupe, ou Oriental Poppies, 1927, on discerne l’intérêt de l’artiste pour le courant alors influent de la « photographie pure (straight photography) ».

Les sources d’inspiration principales de O’Keeffe sont la nature et les paysages ; elle peint des œuvres figuratives et abstraites basées sur des motifs de paysage, d’abord sur le lac George et ensuite au Nouveau-Mexique. Les œuvres du premier séjour au Nouveau-Mexique, dont Ranchos Church No. 1, 1929, et Gray Cross with Blue, 1929, s’inspirent d’éléments typiques de la région comme l’architecture en adobe ou les croix de pénitents érigées dans le paysage par une confrérie religieuse. C’est l’époque à laquelle elle réalise Mule’s Skull with Pink Poinsettias, 1936, l’une de ses célèbres toiles figurant un crâne d’animal trouvé dans le désert. Pendant les années de guerre, lorsque O’Keeffe habite au Nouveau- Mexique de manière permanente, le regard qu’elle porte sur ce paysage évolue. Dans ses deux séries Black Place I–IV, 1944, et Black Place I–III, 1945, elle représente le paysage de collines gris-noir dans une palette inhabituellement sombre, en perspective aérienne et toujours plus abstraite. La nature morte It Was a Man and a Pot de 1942, qui donne à voir un crâne humain, suggère qu’au fil des années 1940 la manière dont O’Keeffe perçoit son environnement évolue sous l’effet de la guerre qui fait rage.

Dans la dernière salle de l’exposition, l’œuvre tardif de O’Keeffe fait face à Black Mobile with Hole, 1954, d’Alexander Calder (1898–1976), dont le travail est depuis longtemps lié à la Fondation Beyeler – tant par la collection du musée que par plusieurs expositions. Contrairement à O’Keeffe, Calder entretient une relation continue avec l’Europe, mais les deux artistes partagent un attachement profond aux vastes étendues et à l’horizon infini de l’Amérique rurale, qui nourrissent et irriguent leurs œuvres.

De son vivant déjà, Georgia O’Keeffe est considérée aux États-Unis comme représentante majeure et co- initiatrice du nouvel art américain tel qu’il est prôné et se développe à partir de la fin des années 1910 indépendamment et en démarcation de l’avant-garde européenne. En 1943, le Art Institute of Chicago lui consacre sa première rétrospective muséale et en 1946, le Museum of Modern Art, New York, organise une grande exposition, la première d’une artiste femme à se tenir dans cette institution. La plupart des œuvres de O’Keeffe se trouvent aux États-Unis, dans plus de 100 collections publiques et dans des collections privées. L’Europe, où O’Keeffe elle-même ne se rend pour la première fois qu’en 1953 à l’âge de 65 ans, ne compte au total qu’une douzaine d’œuvres détenues dans des collections privées et publiques. La première exposition majeure sur le Vieux Continent lui est consacrée en 1993 à la Hayward Gallery de Londres. L’une des rares expositions dans les années qui suivent et la première en Suisse est celle organisée en 2003 par Bice Curiger au Kunsthaus Zürich. Georgia O’Keeffe figure aujourd’hui aussi en Europe parmi les artistes les plus renommé·e·s, même si les originaux de ses œuvres n’y sont que rarement exposés.

L’exposition « Georgia O’Keeffe » est placée sous le commissariat de Theodora Vischer, Chief Curator, et sera présentée à la Fondation Beyeler du 23 janvier au 22 mai 2022. L’exposition a été organisée par la Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid, et le Centre Pompidou, Paris, en partenariat avec le Georgia O’Keeffe Museum, Santa Fe.

Le catalogue de l’exposition paraît en allemand au Hatje Cantz Verlag, Berlin. Sur 208 pages, il réunit des articles de Cody Hartley, Anna Hiddleston-Galloni, Didier Ottinger, Marta Ruiz del Árbol, Ariel Plotek et Julia Keller. Avec un avant-propos de Sam Keller et Theodora Vischer.

Georgia O’Keeffe The Chesnut Tree 1924 Fondation Beyeler ©VB

Biographie de Georgia O’Keeffe

15 novembre 1887
Georgia Totto O’Keeffe, fille de Francis Calyxtus O’Keeffe et d’Ida Totto O’Keeffe, vient au monde dans la ferme familiale près de Sun Prairie, Wisconsin. Elle est la deuxième de sept enfants.
À partir de 1898
Premières leçons d’art à domicile. Le talent créatif de Georgia O’Keeffe est déjà reconnu dans son environnement scolaire.
1905/1906
Études d’art à la School of the Art Institute of Chicago.
1907/1908
Fréquente la Art Students League à New York.

À New York, elle visite en janvier 1908 l’exposition d’Auguste Rodin dans la Galerie «291» du photographe et galeriste d’avant-garde Alfred Stieglitz (1864–1946).
1908–1910
Les difficultés financières de sa famille contraignent O’Keeffe à quitter la Art Students League. Elle travaille comme dessinatrice publicitaire indépendante à Chicago.
Été 1912
Fréquente la classe de dessin d’Alon Bement à l’University of Virginia de Charlottesville.
1914/1915
Étudie au Teachers College de la Columbia University à New York auprès d’Arthur Wesley Dow.
1915/1916
S’installe en Caroline du Sud, où elle enseigne l’art au Columbia College.

Exécute ses premiers dessins abstraits au fusain, qui formeront la série dite des Specials.
Début 1916
Alfred Stieglitz présente quelques fusains de O’Keeffe dans une exposition collective de sa galerie «291». Il restera toute sa vie le soutien principal de l’artiste. Une intense correspondance épistolaire s’engage entre eux.
1916–1918
O’Keefe enseigne au West Texas State Normal College à Canyon, Texas. Les paysages texans lui inspirent de nombreuses aquarelles.
Début 1917
Première exposition personnelle à la Galerie «291» d’Alfred Stieglitz à New York. Pendant son séjour à New York, O’Keeffe se lie au photographe Paul Strand (1890–1976).
1918
L’artiste renonce à ses activités d’enseignante et s’installe à New York. Grâce au soutien financier de Stieglitz, elle peut pour la première fois se consacrer exclusivement à la peinture, et commence à pratiquer intensivement la peinture à l’huile.

O’Keeffe et Stieglitz entament une liaison amoureuse. Dans la décennie suivante, le couple passe alternativement l’hiver et le printemps à New York City, l’été et l’automne dans la maison de vacances de la famille Stieglitz sur les rives du Lake George, dans l’État de New York.

1923
Stieglitz organise durant l’hiver une grande exposition personnelle avec des centaines d’œuvres de Georgia O’Keeffe dans les Galeries Anderson à New York. Jusqu’à sa mort en 1946, il présentera chaque année des expositions consacrées à l’artiste.
1924
Georgia O’Keeffe épouse Alfred Stieglitz le 11 décembre dans le New Jersey.
1925
Elle participe à l’exposition collective Seven Americans, organisée par Stieglitz dans les Galeries Anderson avec d’autres artistes de son cercle. Elle y présente pour la première fois des peintures de fleurs de grand format.

O’Keeffe et Stieglitz s’installent dans le Shelton Hotel. Elle commence une série de peintures représentant les gratte-ciel de New York (1925–1932).
Été 1929
Premier séjour de plusieurs mois à Taos, au Nouveau-Mexique.

O’Keeffe est profondément impressionnée par les paysages et la culture de cette région du nord du Nouveau-Mexique, et trouve ici de nouveaux sujets d’inspiration. Durant les années 1930–1940, elle fera chaque année des séjours saisonniers dans sa nouvelle patrie adoptive du Nouveau-Mexique.
Été 1934
Premier séjour au Ghost Ranch, un ranch pour touristes à proximité du petit village d’Abiquiú au Nouveau-Mexique, où elle louera un logement, avant d’acheter en 1940 une maison et un terrain sur le domaine.
1936
O’Keeffe se rend pour la première fois dans un endroit des «Bisti Badlands» qu’elle appelle «The Black Place». Cette région inhospitalière, avec ses formations rocheuses à l’aspect lunaire, lui inspire une série de peintures frappantes.
1940
O’Keeffe acquiert sa première maison au Nouveau-Mexique, le Rancho de los Burros sur le domaine du Ghost Ranch.
1943
L’Art Institute of Chicago consacre à l’artiste une grande rétrospective.

O’Keeffe entame une série de peintures représentant les os pelviens d’animaux (Pelvis-Serie).
1945
Au mois de décembre, O’Keeffe acquiert dans le petit village d’Abiquiú une hacienda abandonnée avec un grand jardin, qu’elle fera rénover à grands frais au cours des années suivantes.
1946
En début d’année, l’œuvre d’O’Keeffe fait l’objet d’une grande rétrospective au Museum of Modern Art de New York. C’est la première exposition individuelle que le Musée consacre à une femme-artiste.

Mort de son époux Alfred Stieglitz le 13 juillet.

O’Keeffe commence une grande série de «Peintures du patio» (poursuivie jusqu’en 1960), inspirée de l’entrée obscure qui ouvre sur la cour intérieure de sa maison en briques de terre cuite, à Abiquiú.

1949
Trois ans après la mort de Stieglitz, O’Keeffe s’installe au Nouveau-Mexique. Désormais, elle réside alternativement dans sa propriété isolée du Ghost Ranch et dans sa maison au proche village d’Abiquiú.
Début 1953
Premier voyage en Europe (France et Espagne).
1959
O’Keeffe entreprend un voyage autour du monde qui la mène en Asie du Sud- Est, en Extrême-Orient, en Inde, au Moyen-Orient et à Rome.
Automne 1960
Voyage en Asie : elle visite le Japon, Formose, les Philippines, Hongkong, le Cambodge et les îles du Pacifique.

O’Keeffe développe dans sa vieillesse un style de vie axé sur les grands voyages autour du monde. L’expérience du vol aérien et le spectacle de la terre vue du ciel lui ouvrent de nouvelles perspectives et inspirent ses dernières œuvres.
1970
La plus importante rétrospective consacrée jusque-là à l’artiste s’ouvre en octobre au Whitney Museum of American Art de New York, avant d’être présentée à Chicago et San Francisco. Cette exposition rencontre un grand succès et permet à la jeune génération de découvrir l’œuvre de Georgia O’Keeffe.
À partir de 1971
L’artiste commence à perdre progressivement la vue.
1973
O’Keeffe fait la connaissance du jeune potier et sculpteur Juan Hamilton, qui deviendra son assistant à temps complet et son confident intime.
1976
Viking Press publie la monographie illustrée Georgia O’Keeffe, avec un texte autobiographique de l’artiste.

En octobre, O’Keeffe rencontre pour la dernière fois son ami l’artiste Alexander Calder (1898–1976) à l’inauguration de la rétrospective que le Whitney Museum of American Art consacre à l’œuvre de ce dernier.
1977
Le Président Gerald Ford lui décerne la Médaille de la Liberté ; le Président Ronald Reagan lui décernera en 1985 la National Medal of Arts.
1984
La dégradation de son état de santé contraint O’Keeffe à s’installer à Santa Fe avec Juan Hamilton et la famille de ce dernier.
6 mars 1986
Georgia O’Keeffe meurt à Santa Fe à l’âge de 98 ans.

En 2022 la Fondation Beyeler fête ses 25 ans

La Fondation Beyeler célèbre ses 25 années d’existence en 2022. Le musée d’art à Riehen près de Bâle est réputé à l’international pour ses expositions de grande qualité, sa collection de premier plan d’art moderne classique et d’art contemporain, ainsi que son ambitieux programme de manifestations. Conçu par Renzo Piano, le bâtiment du musée est situé dans le cadre idyllique du parc avec ses arbres vénérables et ses bassins de nymphéas. La Fondation Beyeler bénéficie d’une situation unique, au cœur d’une zone récréative de proximité avec vue sur des champs, des pâturages et des vignes, proche des contreforts de la Forêt-Noire. La Beyeler-Stiftung prévoit avec l’architecte suisse Peter Zumthor une extension dans le parc adjacent, renforçant ainsi encore l’alliance harmonieuse entre art, architecture et nature.

En 2022, le programme des expositions de la Fondation Beyeler sera placé sous le signe de son 25ème anniversaire. Il s’ouvre sur la grande rétrospective consacrée à Georgia O’Keeffe, suivie par l’exposition d’été « Mondrian ». À l’automne, la Fondation Beyeler présentera l’exposition la plus complète à ce jour d’œuvres de sa collection, accompagnée d’une riche programmation. Pour plus d’informations : www.fondationbeyeler.ch/fr/25ans

Fondation Beyeler

Georgia O’Keefe Alfred Stieglitz Fondation Beyeler ©VB
Georgia O’Keeffe Taos Pueblo 1929 /34 Fondation Beyeler ©VB
Partager cet article :