Jean-Michel Othoniel Petit Palais Paris

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16 janvier 2022

JM Othoniel Le Théorème de Narcisse Petit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Stonewall Noeud Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB

Le Théorème de Narcisse Jean-Michel Othoniel Exposition close le 9 janvier 2022

Informations sur petitpalais.paris.fr

Exposition organisée avec le soutien de la galerie Perrotin et de Christian Dior Parfums dans le cadre de ses Jardins culturels.

A l’invitation du Petit Palais, Jean-Michel Othoniel a investi la totalité du musée et son jardin entre septembre 2021 et janvier 2022 . Il s’agit de la plus grande exposition personnelle de l’artiste à Paris depuis sa rétrospective My Way au Centre Pompidou en 2011. 

Pour l’occasion, en plus de 70 œuvres nouvelles, Othoniel invente Le Théorème de Narcisse : un homme-fleur, qui en se reflétant lui- même, reflète le monde autour de lui. Selon Gaston Bachelard,

« le narcissisme n’est pas toujours névrosant, il joue aussi un rôle positif dans l’œuvre esthétique. La sublimation n’est pas toujours la négation d’un désir. Elle peut être une sublimation pour un idéal. »

L’artiste tisse une toile d’irréalité, d’enchantement, d’illusion, de libération de l’imagination. Rivières de briques bleues, Lotus et Colliers d’or, Couronne de la Nuit, Nœuds Sauvages et Precious Stonewalls miroitants, ces œuvres sont enchâssées dans le bâtiment, suspendues aux arbres ou posées sur l’eau ; elles dialoguent avec l’architecture du Petit Palais et les ors de son jardin.

Cette exposition est un message d’ouverture offert gratuitement au public. Elle est placée sous le signe du ré-enchantement et de la théorie des reflets que l’artiste développe depuis près de dix ans avec la complicité du mathématicien mexicain Aubin Arroyo. Cette invitation au rêve nous permet, le temps de l’exposition, de résister à la désillusion du monde.

Commissariat
Christophe Leribault, directeur du Petit Palais

Juliette Singer, conservatrice en chef du patrimoine, responsable des projets art contemporain du Petit Palais

Parcours de l exposition 

La Rivière bleue (2021)

Adressant un signal fort aux passants, une Rivière bleue en verre miroitant semble dévaler en cascade l’escalier d’honneur du Petit Palais. Réalisée in situ avec des briques en verre indien, cette sculpture- architecture joue sur le rapport d’expression entre deux couleurs : les teintes aigue-marine, froides et nocturnes de la rivière bleue, répondent au jaune d’or solaire de l’exceptionnelle grille en ferronnerie de Charles Girault (1851-1932), qui marque l’entrée du musée. Par cette installation opalescente, qui semble faite de pierres précieuses, Othoniel fait basculer l’architecture du musée vers celle d’un château de conte de fée ; la nuit en particulier, la magie opère, à travers un saisissant effet de flottement et d’irréalité.

À travers cette installation, Jean-Michel Othoniel explore aussi la portée symbolique de l’escalier, voie d’une ascension vers la connaissance et le savoir, sous les auspices de La Ville de Paris protégeant les arts, sculptée par Jean-Antoine Injalbert (1845-1933), qui domine le porche. L’artiste évoque aussi l’idée du passage d’un monde à l’autre, lié à l’eau dans la plupart des religions. La grande rivière se présente ainsi comme la première étape d’un voyage initiatique, qui mènerait, sinon au Paradis, du moins à un monde poétique, abstrait des contingences d’ici-bas et de ses désillusions. Comme Orphée dans le film de Jean Cocteau, le visiteur est ainsi invité à traverser le miroir pour accéder à une autre dimension ; celle d’un conte où le temps serait suspendu et où l’ordre « normal » des choses serait modifié.

Le Jardin (26 sculptures, 2014-2021)

Un monumental lotus noir et or se dessine à travers la fenêtre de la rotonde d’accueil. Comme les compagnons d’Ulysse qui, dans l’Odyssée d’Homère, ne voulurent plus quitter l’île enchantée des lotophages après avoir goûté à cette fleur magique, les visiteurs sont invités par cette fleur à pénétrer dans le jardin et à tout oublier, le temps d’une parenthèse enchantée. Celui- ci recèle de nombreuses surprises, qui entrent en harmonie avec l’esprit Art Nouveau du Petit Palais. Sur les mosaïques colorées du péristyle, six Nœuds d’argent, aux entrelacs parés de perles réalisées en réalité en inox, reflètent tout ce qui les entoure et notamment la colonnade en demi-cercle, et les fresques de Paul Baudoüin (1844-1931) qui retracent le cycle des saisons, avec les heures du jour et de la nuit. Ils ouvrent ainsi sur l’infini du cosmos, et l’éternel recommencement.

Dans la verdure, au milieu des acanthes et des palmiers, se révèlent d’autres merveilles : des Colliers précieux, accrochés aux branches. Dorés, ils font écho aux guirlandes suspendues du péristyle ; mais ils apportent aussi une autre dimension, de l’ordre du désir et de la sensualité, tout comme les colliers dressés au sol, dans les alcôves du péristyle. Dans les bassins aux mosaïques turquoise et violette, évocateurs des jardins orientaux, trois lotus dorés se mirent dans une eau, dont l’image se reflète à son tour à travers les perles-miroirs qui les composent. Ils rappellent la fleur jaune dans laquelle Narcisse, épris de sa propre image, a fini par être transformé. L’homme et son image, ici interrogés, peuvent être vus comme le dédoublement de l’artiste et son œuvre ; ou comme le visiteur qui, pris dans ce jeu, peut découvrir à travers ce reflet une certaine image méconnue du monde, et de lui-même.

La Couronne de la Nuit (2008)

Surplombant le magnifique escalier en spirale conçu par Charles Girault, la Couronne de la Nuit tient lieu de lustre géant et surprend, telle une « folie » cachée. Faisant pendant à la fresque de Maurice Denis, l’Histoire de l’art français (1919- 1925) situé dans l’aile opposée, elle est dominée par des bleus profonds, outremer et aigue-marine, qui invoquent la Reine de la Nuit, héroïne opératique de la Flûte enchantée de Mozart. Ces  teintes  froides  sont  réchauffées  çà  et  là  par  quelques perles rouges, comme autant d’étoiles. Deux cœurs renversés, symbole romantique par excellence, occupent son centre, et sont surmontés d’une énorme boule-miroir, dite « affolante » qui sert habituellement à effrayer les oiseaux. Cette boule-mi- roir prend dans son reflet l’ensemble de l’œuvre, mais aussi la voûte immaculée, qui revêt dès lors une dimension cosmique. Composé d’une constellation de perles scintillantes, qui dé- multiplient l’image du Petit Palais à l’infini, la Couronne de la Nuit absorbe le visiteur et le transporte vers un autre espace- temps, entre réel et imaginaire.Par son esthétique, cette œuvre rappelle le Kiosque des noctambules (2000), situé près de la Comédie française à Paris, pour lequel l’artiste s’est inspiré des arabesques Art Nouveau d’Hector Guimard, dont un ensemble de boiseries est présenté au Petit Palais. Constituée de perles en verre de Murano soufflées, la Couronne revêt à la fois un côté magique, dû à sa filiation avec des objets de culte populaire, et merveilleux, lié à son évocation des rois et des reines de contes de fées. Montrée pour la première fois en 2008 dans une forêt plusieurs fois centenaire des Pays-Bas, à Sonsbeeck, elle marque ici le franchissement d’une nouvelle étape. En passant sous elle, le visiteur quitte ainsi le jardin paradisiaque, pour accéder au domaine plus obscur des bas-fonds souterrains. En bas, l’Ugolin de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), prêt à dévorer ses propres enfants, marque l’entrée de l’Enfer ; ou du moins, de l’antre imaginaire conçue par l’artiste.

La Grotte de Narcisse (46 œuvres)

Espaces enfouis à l’abri des regards, les grottes sont, parfois, érigées en sanctuaires. Platon, dans le mythe de la Caverne, s’en sert pour montrer combien il est difficile pour les hommes, enchaînés dans leurs illusions, d’accéder à la vérité et de la partager. Ici, l’Agora (2019), en briques argentées, forme un antre où se cacher seul ou à plusieurs pour renouer avec un dialogue simple et direct, à l’abri des regards, loin des surveillances vidéos et des réseaux sociaux.

Les tableaux en verre coloré qui ornent ici les murs de la rotonde inférieure sont le produit d’une pratique quasiment méditative, exercée au jour le jour par l’artiste durant ses périodes de confinement, en 2020, renouant par la force des choses, avec l’isolement érémitique. Inspirés par des œuvres minimalistes d’artistes américains des années 1960, ces « murs de pierres précieuses » ou « Precious Stonewalls » conjuguent aux lignes épurées de leur forme, presque zen, la richesse baroque, vibrante et minérale de leur couleur.

Le voyage se poursuit ensuite, dans le vaste hall du bas, avec une nouvelle rivière qui, contrairement à la « cascade bleue» de l’entrée, apparaît comme un lac paisible, lieu de repos et de contemplation. Miroir entre les mondes, elle reflète des Nœuds multicolores et miroitants, qui suspendus, interrogent l’espace. Découvrant en 2013 chez le scientifique mexicain Aubin Arroyo des formes issues de modèles mathématiques complexes rappelant étonnamment ses propres sculptures, Othoniel entama avec lui une discussion d’où jaillirent ces « Nœuds sauvages », reprenant l’appellation usitée par le mathématicien et explorant plus avant sa théorie sur les reflets infinis. Renouant les liens anciens qui unissent astronomie et mathématiques, il invente ainsi de nouveaux théorèmes, donnant librement cours à une infinité de configurations.

Peints à l’encre noire sur fond d’or blanc, des noeuds inspirés de la forme des pivoines répondent aux sculptures sur socle, Noeuds du réel ou Noeuds de l’imaginaire ; la Grotte de Narcisse ouvrant aussi sur l’infinie complexité humaine. Enfin, dans la rotonde sud, une superbe vitrine du XIXe siècle abrite une petite sculpture en perles de verre violettes inspiré du chrysanthème japonais. Ce Kiku (2021), tel un petit bijou adresse un ultime clin d’œil à Narcisse et à ses reflets.

Les Nœuds sauvages

Avec son « collier-cicatrice » exposé dans le jardin de la collection Peggy Guggenheim à Venise, en 1997, Jean-Michel Othoniel adopte le module de la perle de verre soufflée, qui devient emblématique de ses œuvres. À l’autre bout du monde, au Mexique, un jeune mathématicien, Aubin Arroyo se consacre, dans les années 2000, à une nouvelle théorie des reflets. Il utilise l’image virtuelle de perles miroirs comme base à ses calculs de « nœuds sauvages ». En 2015, grâce au hasard d’Internet, les colliers noués d’Othoniel, et les images virtuelles d’Arroyo confrontent leurs troublantes ressemblances.

Les deux hommes décident de se rencontrer et entament de riches échanges. En 2017, Othoniel conçoit le Nœud infini, une sculpture de verre miroité, qu’il offre à la salle des mathématiques de l’université Nationale de Mexico (UNA), où Arroyo présente le fruit de ses recherches. Issues pour les unes, de l’œuvre personnelle d’un artiste et pour l’autre de travaux ma- thématiques, ces formes présentent d’étonnantes similitudes, elles ouvrent sur la notion d’un univers sensible présent dans l’infini mathématique. Cette théorie des reflets invite à une vision cosmique du « mythe de Narcisse ».

 

 

Entretien avec Jean-Michel Othoniel 

Extrait de l’entretien entre Jean-Michel Othoniel et Christophe Leribault issu du livre à paraître au moment de l’exposition réalisé par Actes Sud, en coédition avec la galerie Perrotin.

Christophe Leribault, directeur du Petit Palais — Comment vous êtes-vous approprié l’espace du Petit Palais, qui est un lieu historique ?
Jean-Michel Othoniel — C’est le Petit Palais lui-même, son histoire et son jardin qui sont le fil conducteur de l’exposition. Le bâtiment est construit autour d’un jardin, c’est un éden caché au centre de l’architecture. Inspiré par les ors du Petit Palais et les fleurs de son jardin, j’y ai installé des sculptures nouvelles ; œuvres miroirs reflétant les fresques du portique peintes par Paul Baudoüin, Lotus monumentaux posés à la surface de l’eau des bassins pavés de mosaïques bleues et or, Colliers d’or accrochés aux branches d’arbres venus d’orient, perles érigées dans les niches du péristyle. Cette référence à l’eau-miroir se développe ailleurs: rivière de briques bleues qui coule le long des marches de l’escalier d’honneur, ou bien se figent en lac miroitant, dans les profondeurs des salles du bas. Mes œuvres dialoguent avec l’architecture, reflètent le bâtiment et son jardin. Le jardin 1900 est un lieu de découverte, d’utopie avec ses fleurs venues de pays lointains que les visiteurs venaient découvrir lors des grandes expositions universelles. Cette végétation inquiétante a inspiré de nombreux écrivains notamment Huysmans, qui, fasciné par ces fleurs nouvelles invente dans A Rebours un jardin de fleurs de métal imitant les fleurs tropicales. Mes Lotus d’or posés sur l’eau ne sont pas si loin de cette vision immuable du jardin qui porte à la contemplation et au sacré.

CL : vous avez souhaité marquer fortement l’entrée de ce parcours initiatique ?
JMO: Le seuil est un espace privilégié. L’œuvre in situ qui nous accueille est une rivière de mille briques bleues miroitées qui dévale le grand escalier du Palais, cascade dont la gaîté chante comme dans un conte. Elle est visible de jour comme de nuit, elle marque le début d’un chemin ; fraîche et claire, nous sommes amenés à la suivre. C’est une invitation au merveilleux, en elle se reflète l’extravagante grille en bronze dorée dessinée par Charles Girault pour l’Exposition universelle de 1900.

CL : Vous poursuivez l’œuvre de Girault en introduisant dans le décor du Petit Palais une pièce qui restera dans les collections du musée,« La Couronne de la nuit » ?

JMO :La Couronne de la nuit vient d’une forêt du nord de l’Europe, longtemps cette sculpture est restée cachée sous les chênes tricentenaires d’une futaie cathédrale. Aujourd’hui, telle une araignée de verre et de cou- leurs, elle emplit la coupole immaculée de l’escalier nord, en écho à la coupole sud peinte par Maurice Denis. Elle nous invite à quitter sa lumière pour descendre l’escalier vers un univers plus obscur, accueilli par le funeste groupe d’Ugolin prêt à dévorer ses enfants, sculpté par un Carpeaux envoûté par l’Enfer de Dante.

CL: De nombreuses œuvres s’attachent en effet à un « jeu des briques de verre » : pouvez-vous nous expliquer ce dispositif et sa valeur symbolique ?

JMO :Dans les autres œuvres exposées, les nombreuses briques de verre venues d’Inde sont déclinées sous de multiples formes, rivières bleues posées au sol ou bas-reliefs accrochés au mur. Comme des partitions dessinées, les variations des briques colorées sont composées comme une polyphonie de petits pans de murs précieux accrochés aux cimaises du musée.

Au fil des jours confinés pendant l’année 2020, j’ai décliné la même trame dessinant les projets d’une série de bas-reliefs intitulés Precious Stonewall comme des tableaux bicolores ou des triptyques monochromes. Par ce jeu des briques de verre, je me reconnecte avec mes premiers amours en art, le minimalisme et l’art conceptuel. Bien que travestie par les couleurs et la chatoyante matière du verre indien, chaque œuvre est rigoureusement unique, dessinée et composée selon une pratique méditative précise, quasiment spirituelle, imposée par les temps d’isolement et par la vie d’ermite menée pendant le confinement. Ce fut pour moi l’occasion de revenir à mes fondamentaux, en effet, c’est au musée d’art moderne de Saint-Etienne, à la fin des années soixante-dix, je me suis formé à l’art, notamment à travers les œuvres de Donald Judd et de Carl Andre. Outre certains titres qui évoquent clairement les événements de Stonewall en 1969 à New York, l’esthétique et l’engagement des années soixante-dix, sont présents dans cette série de dix-neuf œuvres spécialement conçues pour l’exposition du Petit Palais.

CL: La brique de métal est un nouveau module dans votre travail ?
JMO : L’Agora, grande construction de briques de métal nous attend au bas de l’escalier intérieur. C’est une sculpture pénétrable comme une grotte, elle est née d’un projet rêvé à New York, celui de créer un espace de parole protégé dans la ville. Une nouvelle agora où nous serions protégés des enregistrements et regards omniprésents que nous impose notre société nouvelle, cette œuvre refermée sur elle- même nous protège des agressions numériques. C’est un projet qui pourrait exister dans l’espace public à une échelle plus grande, je pense que seule l’œuvre d’art a encore aujourd’hui le pouvoir de nous abstraire du monde et de sa réalité.

CL : Vous parlez d’un projet de « ré-enchantement » : de quoi s’agit-il ? D’une résistance à cette désillusion du réel ?
JMO : Par cette exposition, j’ai voulu créer ainsi un lieu d’irréalité, d’enchantement, d’illusion, de libération de l’imagination, un lieu à la frontière du rêve qui nous permet le temps de la visite de résister à la désillusion du monde. Constituée de plus de soixante-dix œuvres nouvelles,

« Le Théorème de Narcisse » est vraiment placée sous le signe du ré- enchantement et de la théorie des reflets que j’ai développée depuis près de dix ans avec la complicité du mathématicien mexicain Aubin Arroyo et que je montre pour la première fois en France. Lorsque les grilles du musée se referment à la tombée de la nuit, il faut donc imaginer ces sculptures restées seules dans ce jardin clos enfin libre de ne refléter que les étoiles…

Merci pour le réenchantement ! 

Jean-Michel Othoniel Rivière bleue Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Rivière bleue Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel  Noeuds sauvages 2021 Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Noeuds sauvages 2021 Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Noeuds sauvages  Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Noeuds sauvages Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel  Collier or 2021 Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Collier or 2021 Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB

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Biographie 

Né en 1964 à Saint-Étienne, Jean-Michel Othoniel a, depuis la fin des années 1980, inventé un univers aux contours multiples. Explorant d’abord des matériaux aux qualités réversibles tels le soufre ou la cire, il utilise le verre et la fonte de métal depuis 1993.

Ses œuvres prennent aujourd’hui une dimension architecturale et rencontrent volontiers des jardins ou des sites historiques à travers des commandes publiques ou privées dans le monde entier. Privilégiant les matériaux aux propriétés poétiques et sensibles, Jean-Michel Othoniel commence par réaliser, au début des années 1990 des œuvres en cire ou en soufre qui seront présentées dès 1992 par Jan Hoet à la Documenta de Cassel.

L’année suivante, l’introduction du verre marque un véritable tournant dans son travail. Collaborant avec les meilleurs artisans de Murano, il explore les propriétés de ce matériau qui devient dès lors sa signature. La délicatesse du verre et la subtilité de ses couleurs participent du vaste projet de l’artiste : poétiser et réenchanter le monde.

En 1995, il participe à l’exposition « Féminin/Masculin » au Centre Georges Pompidou à Paris dans laquelle il présente une série d’œuvres en soufre ainsi qu’une installation-performance My Beautiful Closet mettant en scène des danseurs filmés dans l’obscurité d’un placard.

En 1996, il est pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. C’est à partir de ce moment qu’il commence à faire dialoguer ses œuvres avec le paysage, suspendant des colliers géants dans les jardins de la Villa Médicis, aux arbres du jardin vénitien de la Collection Peggy Guggenheim (1997), ainsi qu’à l’Alhambra et au Generalife de Grenade (1999).

En 2000, Jean-Michel Othoniel répond pour la première fois à une commande publique et transforme la station de métro parisienne Palais-Royal – Musée du Louvre en Kiosque des Noctambules. Sa création se partage dès lors entre les lieux publics et les espaces muséaux ; en 2003, pour l’exposition« Crystal Palace » présentée à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris et au MOCA de Miami, il fait réaliser à Venise et au Centre international du Verre à Marseille (Cirva) des formes de verre soufflé, destinées à devenir d’énigmatiques sculptures, entre bijoux, architectures et objets érotiques. Cette même année, Perrotin commence à le représenter.

L’année suivante, en 2004, une invitation du musée du Louvre à exposer dans les salles mésopotamiennes, dans le cadre de l’exposition « Contrepoint », est pour lui l’occasion de réaliser ses premiers colliers autoportés, dont la grande Rivière Blanche acquise ensuite par le Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

Le voyage est un des thèmes récurrents de son travail. Cette idée de voyage est mise en lumière avec le projet Le Petit Théâtre de Peau d’Âne (2004, collection Centre Pompidou), inspiré de petites marionnettes trouvées dans la maison de Pierre Loti et présenté sur la scène du Théâtre de la Ville de Rochefort puis au Théâtre du Châtelet à Paris. Cultivant l’art de réconcilier les contraires, l’artiste fait dialoguer le poétique et le politique, dans son Bateau des larmes : hommage aux exilés, réalisée à partir d’une barque de réfugiés cubains trouvée à Miami couverte d’une cascade de perles de couleurs se transformant en d’énormes larmes de cristal limpide, cette œuvre est exposée à l’occasion de Art Unlimited 2005 à Bâle. En 2010, le Centre Pompidou lui consacre une grande exposition rétrospective, « My Way », sous le commissariat de Catherine Grenier. Cette exposition voyagera ensuite au Leeum Samsung Museum of Art en Corée, au Hara Museum of Contemporary Art au Japon et au Brooklyn Museum à New York.

En 2012, une invitation du musée Delacroix à Paris lui permet de dialoguer avec ce lieu chargé d’histoire, à travers une série de sculptures inspirées de l’architecture des fleurs et de planches de son Herbier Merveilleux. Au printemps 2013, le Mori Art Museum de Tokyo lui commande, pour son 10e anniversaire, Kin no Kokoro, monumental cœur de perles de bronze doré installé de façon pérenne dans le jardin japonais Mohri Garden, lui offrant ainsi l’occasion d’orchestrer la rencontre entre les thèmes récurrents de son travail et la symbolique sacrée extrême-orientale.

L’année 2015 est marquée par la réalisation d’un projet d’ex- ception : le réaménagement, avec le paysagiste Louis Benech, du bosquet du Théâtre d’Eau dans les jardins du Château de Versailles. Pour cette commande, passée à l’issue d’un concours international, Jean-Michel Othoniel crée trois sculptures fontaines en verre doré, inspirées des chorégraphies du Maître de danse du roi Louis XIV, Raoul-Auger Feuillet. L’artiste réalise, avec Les Belles Danses, la première œuvre pérenne au sein du palais commandée ainsi à un artiste contemporain. Développées comme un projet d’architecture, ces trois sculptures fontaines répondent à quelques-unes des grandes orientations que le travail de l’artiste a récemment empruntées : la dimension monumentale et la relation à l’histoire qui sont de plus en plus au nombre de ses singularités.

En septembre 2016, Jean-Michel Othoniel dévoile une œuvre d’art totale et monumentale, Le Trésor de la cathédrale d’Angoulême, sur laquelle il a travaillé pendant plus de huit ans. Ses œuvres sont conservées dans les plus grands musées d’art contemporain, fondations et collections privées du monde.

À la fin de l’année 2018, Othoniel est élu à l’Académie des beaux-arts dans la section sculpture. Il aide l’Académie, depuis janvier 2019, à remplir sa mission de défense, de promotion et de soutien de la création artistique.

La même année, il réalise Alfa pour Le nouveau Musée national du Qatar, conçu par l’architecte Jean Nouvel, un projet conçu à l’échelle monumentale du bâtiment. Elle comprend 114 sculptures fontaines dont les jets d’eau évoquent les formes fluides de la calligraphie arabe.

En septembre 2019, Jean-Michel Othoniel expose au Musée du Louvre une nouvelle série de peintures spécialement créées pour les 30 ans de la pyramide sur les murs de la cour Puget, que le musée décide par la suite de conserver de manière pérenne dans sa collection.

En 2021, le Petit Palais invite Othoniel à investir le jardin et les salles des collections permanentes afin de présenter une exposition jouant avec l’architecture du lieu. Avec « Le Théorème de Narcisse », l’artiste offre un parcours d’émerveillement au visiteur.

Année, qui sera également marquée par son installation officielle à l’Académie des beaux-arts. Au cours de la séance plénière du mercredi 14 novembre 2018, l’Académie des beaux-arts a élu Jean-Michel Othoniel au 5e fauteuil précédemment occupé par Eugène Dodeigne (1923-2015), dans la section de Sculpture. Cette élection a été approuvée par Monsieur le Président de la République, protecteur de l’Académie, le 13 décembre 2018. L’artiste sera installé sous la coupole le 6 octobre 2021. La section de sculpture est actuellement composée de 5 membres : Claude Abeille, Antoine Poncet, Brigitte Terziev, Pierre-Edouard et Jean Anguera.

L’Académie des beaux-arts est l’une des cinq académies composant l’Institut de France. Forte de 55 membres répartis dans 9 sections artistiques, elle s’attache à promouvoir et encourager la création artistique dans toutes ses expressions et veille à la défense du patrimoine culturel français. Elle poursuit ses missions de soutien à la création par les nombreux prix qu’elle décerne chaque année, une politique active de partenariats avec des institutions culturelles ainsi que ses activités de conseil des pouvoirs publics. Afin de mener à bien ces missions, l’Académie des beaux-arts gère son patrimoine constitué de dons et legs, parmi lesquels d’importantes fondations culturelles telles que la Fondation Paul Marmottan (musée Marmottan Monet à Paris et Bibliothèque Marmottan à Boulogne-Billancourt), la Fondation Claude Monet à Giverny, la Villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat et la Fondation Jean et Simone Lurçat à Paris.                                                            

Catalogue de l exposition  : Le Théorème de Narcisse

Co-édition Actes Sud / Perrotin Ouvrage bilingue Anglais/Français 23 x 17,5 cm 48 pages (deux cahiers photos de 20 pages), un premier sur les œuvres dans le jardin et le deuxième sur les nouvelles sculptures intitulées Noeuds Sauvages et Precious Stonewalls

Jean-Michel Othoniel Gold Lotus 2021 Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
Jean-Michel Othoniel Agora 2021 Le Théorème de NarcissePetit Palais Paris ©VB
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