Kunstmuseum Sophie Taeuber-Arp Abstraction vivante 2021©VB

Kunstmuseum Sophie Taeuber-Arp

Nic Aluf 1920 Stiftung Arp Berlin Kunstmuseum Basel ©VB
Nic Aluf 1920 Stiftung Arp Berlin Kunstmuseum Basel ©VB

Abstraction vivante Sophie Taeuber-Arp jusqu'au 20 juin 2021

Le Kunstmuseum Basel a ouvert ce 20 mars 2021 sa grande rétrospective de l’artiste suisse Sophie Taeuber-Arp, avec plus de 250 œuvres. L’exposition Sophie Taeuber-Arp. Abstraction vivante, qui est presentée en collaboration avec le Museum of Modern Art de New York et la Tate Modern de Londres, vise à établir ce pionnier de l’abstraction parmi les grands avant-gardistes du modernisme classique.

Les commissaires de l’exposition sont Anne Umland (Museum of Modern Art, New York) et Natalia Sidlina (Tate Modern, Londres) . 

Kunstmuseum Basel Sophie Taueber-Arp 1926 Stiftung Arp Berlin ©VB
Kunstmuseum Basel Sophie Taueber-Arp 1926 Stiftung Arp Berlin ©VB

Sophie Taeuber-Arp (1889-1943) Abstraction vivante

20.03. – 20.06.2021, Kunstmuseum Basel | Neubau
Commissaire : Eva Reifert, Anne Umland, Natalia Sidlina, Walburga Krupp

 De nombreux Suisses connaissent son visage en raison de sa présence sur le billet de 50 francs durant plusieurs décennies. Conçue en coopération avec le Museum of Modern Art de New York et la Tate Modern de Londres, l’exposition Sophie Taeuber-Arp. Abstraction vivante s’attache à révéler enfin à un public international l’œuvre interdisciplinaire et extrêmement protéiforme de cette pionnière de l’abstraction et à la situer parmi les grandes figures de l’avant-garde du modernisme classique.

Lors de sa mort accidentelle tragique en 1943, l’œuvre de Taeuber-Arp comprend une extraordinaire variété de techniques et de matériaux : des textiles, des travaux de perles, un théâtre de marionnettes, de la danse, des costumes, des peintures murales, du mobilier, de l’architecture, du design graphique, de la peinture, des sculptures, des reliefs et des dessins. Sa conception de l’art, sans égale dans le modernisme classique, abolissant la frontière entre les genres, dénuée de hiérarchie et en étroite relation avec la vie contribue également à la fascination perceptible jusqu’à aujourd’hui pour ses œuvres et à leur immuable pertinence.

L’œuvre de Sophie Taeuber-Arp repose sur l’association à nulle autre pareille de sa formation en arts appliqués et du goût pour l’expérimentation des cercles de l’avant-garde zurichoise et parisienne qu’elle fréquentait. Plutôt que d’assigner le langage formel de l’abstraction, alors nouveau et révolutionnaire, à un champ intellectuel et théorique, elle y recourt pour  façonner  la vie quotidienne  :  coussins,  nappes, sacs, meubles et  pièces entières,  à l’instar de l’Aubette, café strasbourgeois considéré comme « la chapelle Sixtine de l’art moderne ». Jusque dans ses tableaux abstraits aux formes géométriques réduites qu’elle réalise dans les années 1930 à Paris, les compositions sont colorées  et  rythmées,  jamais statiques ni sévères.

Conçue de manière chronologique, l’exposition Abstraction vivante donne un aperçu de l’œuvre et des inspirations diverses de Taeuber-Arp, tout en mettant en évidence l’apparente aisance avec laquelle l’artiste estompe les frontières traditionnelles entre l’art et la vie et efface les catégories figées de l’histoire de l’art.

Artisanat, danse et dadaïsme définissent les œuvres de l’époque zurichoise de 1914 à 1926, tandis que les projets strasbourgeois ayant trait à l’architecture qui voient le jour à partir de 1926 amènent Taeuber-Arp à s’engager au sein des groupes d’artistes parisiens Cercle et Carré et Abstraction-Création dans les années trente. L’exposition aborde le lien étroit qui unit Taeuber-Arp à Bâle à travers sa contribution importante à l’exposition Constructivistes organisée à la Kunsthalle Basel en 1937 : celle-ci eut non seulement une portée considérable pour le développement et la diffusion de l’abstraction, mais elle fit aussi éclore autour de l’artiste un cercle de fidèles collectionneur.euse.s bâlois.e.s, dont les descendants figurent aujourd’hui parmi les prêteurs de l’exposition Sophie Taeuber-Arp. Abstraction vivante.

En 1940, l’invasion de la France par l’Allemagne nationale-socialiste conduit Sophie Taeuber-Arp et son époux Hans Arp à quitter Paris en direction du Sud. À Grasse, dans le Midi, où ils vivent reclus et dans la pauvreté, l’artiste réalise principalement des dessins. Le couple parvient à rentrer à Zurich au moyen d’un visa temporaire. C’est là que l’œuvre de Taeuber-Arp s’interrompt finalement par une froide nuit de janvier 1943 : elle meurt d’une intoxication au monoxyde de carbone provoquée par un poêle à bois dans la maison de Max Bill.

L’exposition Sophie Taeuber-Arp. Abstraction vivante réunit environ 250 œuvres provenant de collections suisses et internationales, parmi lesquelles la Stiftung Arp e.V. Berlin et le Arp Museum Bahnhof Rolandseck de Remagen, la Fondation Arp de Clamart, la Fondazione Marguerite Arp de Locarno, le Museum für Gestaltung de Zurich et le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg. En outre, des œuvres du Museum of Modern Art de New York, de la Yale University Art Gallery, du Philadelphia Museum of Art, du Muzeum Sztuki à Lódz, ainsi que d’autres œuvres issues de nombreuses collections particulières rarement accessibles à notre public sont présentées.

Catalogue

Conçu par le Museum of Modern Art, l’abondant catalogue de l’exposition paraît en anglais et dans une édition en langue allemande publiée par le Kunstmuseum Basel chez l’éditeur Hirmer. Les contributions d’auteurs internationaux mettent en lumière différents aspects de l’œuvre de Sophie Taeuber-Arp.

L’exposition bénéficie du soutien de :

Dr. Markus Altwegg

Fondation Isaac Dreyfus-Bernheim Simone et Peter Forcart-Staehelin Rita et Christoph Gloor

Annetta Grisard-Schrafl Vreni et Lukas Richterich Mécènes anonymes

Fondation pour le Kunstmuseum Basel

L’exposition sera ensuite présentée dans les institutions suivantes : Tate Modern, London, 15 juillet au 17 octobre 2021

Museum of Modern Art, New York, 21 novembre 2021 au 12 mars 2022

 

Kunstmuseum Basel Exposition Abstraction vivante Sophie Taueber-Arp Angela 1918 Museum für Gestaltung Zurich ©VB
Kunstmuseum Basel Exposition Abstraction vivante Sophie Taueber-Arp Angela 1918 Museum für Gestaltung Zurich ©VB

Biographie et exposition

Sophie Taeuber-Arp (née en 1889 à Davos, décédée en 1943 à Zurich) décide très tôt de suivre une formation en artisanat à Saint-Gall et à l’école Debschitz de Munich où elle se spécialise en design textile et en sculpture sur bois. À cette époque, le travail manuel et les techniques artisanales sont revalorisés car ils offrent une alternative à la production industrielle largement répandue. Influencés par les idéaux du mouvement britannique Arts   & Crafts, l’art et l’artisanat sont de plus en plus considérés comme étroitement liés. En 1914, Taeuber-Arp s’installe à Zurich. Cette ville suisse située en territoire neutre constitue un refuge pour bon nombre d’artistes de l’avant-garde européenne durant la Première Guerre mondiale. Au sein de l’École fondée par Rudolf von Laban, Taeuber-Arp se forme à la danse expressive. Avec son futur époux Hans Arp, elle est active dans le milieu dada anti- bourgeois. Son activité d’enseignante au sein de l’École des Arts appliqués de Zurich qu’elle exerce jusqu’à la fin des années vingt lui assure, ainsi qu’à son mari, un précieux moyen de subsistance en période de difficultés financières.

Dans la première salle de l’exposition, bourses en perles, coussins et poudriers en bois donnent un aperçu des objets d’arts appliqués fabriqués et vendus par Taeuber-Arp. Parmi les œuvres réalisées, nombre d’entre elles n’ont malheureusement pas été conservées.

Cependant, des gouaches lumineuses et des dessins au crayon de couleur plongent l’observateur dans son univers de motifs abstraits à partir de 1915. Il est probable qu’un triptyque apparaissant aujourd’hui comme un tableau autonome ait été un paravent dans une vie antérieure. Il s’agit là d’un exemple frappant de la manière dont les frontières entre artisanat et arts libres s’estompent dans l’œuvre de Taeuber-Arp.

Présenté dans la seconde salle, l’ensemble original de marionnettes créé par Taeuber-Arp pour l’adaptation de la pièce commedia dell arte Le Roi Cerf constitue l’un des temps forts de l’exposition. Seules trois représentations eurent lieu lors de l’effroyable épidémie de grippe en 1918, et pourtant ces marionnettes stimulent l’imagination des créateurs jusqu’à aujourd’hui (Karl Lagerfeld a ainsi photographié une collection à leurs aux côtés en 2015). Une certaine continuité s’exprime dans le langage formel également : tout comme les motifs de ses travaux artisanaux, les figures sont assemblées à partir de formes extrêmement géométrisées. Dans le cadre d’une coproduction avec Narrative Boutique et avec le soutien du Théâtre de marionnettes de Bâle et du Museum für Gestaltung de Zurich, des séquences de film produites spécialement pour l’exposition redonnent vie à ces marionnettes.

En lien avec le projet de marionnettes, Taeuber-Arp réalise, en outre, une série de têtes abstraites en bois d’une importance artistique considérable dans le contexte dada. Celles-ci figurent dans toute anthologie consacrée à ce mouvement anti-art marqueur d’une époque.

Sophie Taeuber-Arp a participé à un grand nombre d’expositions consacrées à l’artisanat d’art. Les expositions bâloises et zurichoises du groupe d’artistes Das Neue Leben (La vie nouvelle) qui, comme d’autres associations réformistes, visait à effacer les frontières entre les arts appliqués et les arts libres, attribuent, pour la première fois, ses housses de coussin et travaux de perles au champ de l’art. La troisième salle est consacrée à l’activité d’enseignante de Taeuber-Arp à l’École des Arts appliqués de Zurich et à ses merveilleuses œuvres textiles élaborées selon différentes techniques. Qu’ils soient noués, tissés ou brodés, les tapis, nappes et coussins présentent des motifs de formes géométrisées colorées ainsi  que des animaux et des figures abstraites. Les petits fragments de papier peints conservés à leurs côtés donnent un aperçu fascinant du processus de création artistique de Taeuber-Arp : en les déplaçant et en les assemblant par module, elle utilisait un procédé expérimental pour produire de nouvelles combinaisons.

Dans la seconde moitié des années vingt, Sophie Taeuber-Arp et son mari acquièrent la nationalité française. Elle séjourne à Strasbourg où elle reçoit un nombre important de commandes pour l’aménagement d’intérieurs. Dans la quatrième salle de l’exposition, des gouaches présentant des lignes légèrement ondoyantes et des dégradés chromatiques témoignent du changement de vocabulaire de l’artiste dans ce contexte, mais aussi de sa grande sensibilité pour les couleurs et les formes. Le motif de la figure aux bras angulaires  se fait récurrent. On le retrouve dans l’aménagement de l’hôtel Hannong, les peintures murales de la maison du couple Heimendinger et les vitraux de l’appartement de l’architecte André Horn. Des photographies de petit format prises par Taeuber-Arp lors de voyages permettent d’entrevoir à quel point ses sources d’inspiration étaient étroitement liées à la vie quotidienne : elle fixe autant les éléments d’architecture arqués dans les villes italiennes que la mer de corbeilles de plage sur l’île de Rügen.

À la fin des années vingt, Taeuber-Arp reçoit la commande de la décoration de l’Aubette – un complexe de loisirs situé sur la place Kléber à Strasbourg comprenant un bar, un restaurant, un dancing, une salle de billard et un salon de thé. Pour concevoir cet ensemble qui s’apparente à une œuvre d’art totale, l’artiste fait également appel à Theo van Doesburg et à son mari Hans Arp. À l’aide de photographies anciennes de grand format, mais aussi de nombreuses études et de vitraux réalisés par Taeuber-Arp ayant été conservés, la salle cinq située au cœur de l’exposition permet de comprendre à quel point le recours au langage formel abstrait dans la conception de cet espace public fut véritablement radical. Cependant, le public de l’époque ne parvient pas à apprécier la modernité radicale de l’abstraction géométrique au sein de ce lieu de vie. Dès les années trente, l’ensemble connaît de profondes transformations et seule une reconstitution partielle est visible aujourd’hui à Strasbourg.

Les designers, artistes et architectes de l’avant-garde se rassemblent autour de l’ambition de moderniser tous les champs de l’existence. Sophie Taeuber-Arp dispose non seulement d’un réseau au sein de ces différentes disciplines, mais elle y est elle-même active également.

Dans son œuvre, l’articulation entre l’art et la vie se traduit aussi dans la sixième salle par la réorganisation d’intérieurs, en passant par des études de mobilier jusqu’à l’édification de sa maison atelier aux portes de Paris.

Au début des années trente, Taeuber-Arp quitte son poste d’enseignante à Zurich, qui lui a permis de subvenir à ses besoins et à ceux de son mari pendant plus d’une décennie, puis emménage à Paris. Elle y fréquente les groupes d’artistes de l’avant-garde non figurative, Cercle et Carré et Abstraction-Création, auxquels appartiennent également Wassily Kandinsky, Piet Mondrian et Kurt Schwitters, et participe à des expositions internationales en tant qu’artiste plasticienne. On attribue son style au constructivisme. Un mouvement visuel dans un jeu de pondération et d’équilibre caractérise constamment ses œuvres, quoique désormais tout à fait abstraites géométriques. La salle sept permet de saisir la manière dont motifs et idées – à l’instar de constellations de cercles, de chevauchements diagonaux et de formes circulaires rencontrant des droites – se développent dans ses groupements d’œuvres tout en créant des tensions dans leurs multiples rapports. Dans un environnement désormais de plus en plus hostile à l’art moderne, Sophie Taeuber-Arp œuvre en outre comme designer graphique depuis 1937. Elle conçoit par exemple la mise en page de la revue Plastique/Plastic qu’elle édite et à travers laquelle elle souhaitait encourager les échanges transatlantiques de l’avant-garde.

En 1937, Sophie Taeuber-Arp saisit une occasion de montrer ses œuvres à Bâle qui se fit connaître comme ville d’art grâce aux expositions à la Kunsthalle dans les années trente. Disposant d’un solide réseau dans le monde de l’art, elle conseille les commissaires Lucas Lichtenhan et Georg Schmidt (qui deviendra directeur du Kunstmuseum  peu  de  temps après) non seulement pour le choix des œuvres, mais aussi des artistes. Elle se rend en Suisse pour les préparatifs et l’inauguration de l’exposition.

L’exposition collective Constructivistes à la Kunsthalle Basel en 1937 dont il est question dans la salle huit fut la plus importante consacrée au travail de Sophie Taeuber-Arp de son vivant. Parmi les objets exposés à l’époque figuraient des reliefs en bois peint à nul autre pareils reprenant le matériau des marionnettes dans une composition néanmoins totalement abstraite : des tableaux tridimensionnels, des œuvres au croisement de la peinture et de la sculpture. Dans l’Allemagne voisine, l’art moderne et abstrait subit une répression massive. La présentation de ce courant artistique à Bâle est explicitement lié à l’espoir d’un avenir meilleur. Cet événement est également décisif pour la relation de l’artiste à la ville de Bâle.

Taeuber-Arp fréquente de grands collectionneurs  à  l’instar  de  Maja  Sacher-Stehlin,  du couple Müller-Widmann et de Marguerite Hagenbach. Nombre de ses œuvres arriveront plus tard au Kunstmuseum par le biais de  donations  provenant  de  ce  cercle. Aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, l’œuvre de Taeuber-Arp – composante essentielle du modernisme classique et du constructivisme – est à découvrir au Kunstmuseum Basel parallèlement à l’exposition et à la collection attenante.

Les dessins présentés dans la neuvième et dernière salle de l’exposition témoignent du changement radical du cadre de vie accompagnant la fuite du couple Taeuber-Arp de Paris vers le Sud de la France. La distinction entre esquisse et œuvre autonome ne revêt ici aucune importance : les lignes colorées et monochromes formant des méandres suggèrent assurément une échappée et une agitation, cependant ils égalent en précision et en clarté les œuvres de l’époque parisienne. Un collage vidéo de photographies anciennes de l’artiste et de son entourage, réalisé en collaboration avec maze pictures, donne un dernier aperçu commenté au moyen d’extraits de lettres de la vie de Sophie Taeuber-Arp, de ses multiples relations au sein des cercles artistiques de son époque et de l’abstraction vivante de son œuvre. Les extraits des lettres sont lus par la musicienne suisse Sophie Hunger.

Kunstmuseum Basel

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