L’Orient de Rembrandt au Kunstmuseum Basel

Kunstmuseum Basel Rembrandt Harmensz. van Rijn 1606-1669 ©VB

L’Orient de Rembrandt
Rencontre entre l’Est et l’Ouest dans l’art hollandais du XVIIe siècle jusqu’au 14 février 2021

 Kunstmuseum Basel | Neubau Commissaires : Bodo Brinkmann, Gabriel Dette Commissaire invité : Gary Schwartz

La curiosité de Rembrandt Harmensz. van Rijn pour tout ce qui est étranger et son insatiable appétit de collectionneur sont déjà légendaires de son vivant. Artiste, collectionneur et citoyen, il entre en contact avec des œuvres d’art, des objets d’usage courant et des individus de toutes les parties du monde connu à l’époque et s’en inspire pour son œuvre. L’exposition L’Orient de Rembrandt présentée à l’automne au Kunstmuseum Basel | Neubau explore ce monde des idées au travers d’une sélection d’œuvres du peintre hollandais et de ses collègues artistes.

Rembrandt (1606-1669) et ses contemporains n’ont eu de cesse de peindre des objets de pays lointains : turbans et tapis, sabres et soieries. Leurs œuvres d’art témoignent de la première mondialisation et illustrent l’influence de cultures étrangères dans les Pays-Bas du XVIIe siècle. La soif de connaissance, le désir de collectionner et la fierté de posséder marquent cette époque significative pour l’histoire de l’art et constituent une source d’inspiration pour les peintres dans la réalisation de scènes d’histoire, de portraits et de natures mortes d’un genre nouveau. Toutefois, comme nous le constatons aujourd’hui, le revers de cette appropriation du monde demeurait absent des représentations ; le déséquilibre des forces entre les cultures se traduisant également par l’esclavage, la violence, l’exploitation et les guerres commerciales.

L’exposition L’Orient de Rembrandt explore délibérément les images de cette époque représentant l’étranger. Durant l’Antiquité, le concept de Levant et d’Occident désignait les régions du monde. À l’époque de Rembrandt, on nomme « Orient » l’Est. Aux XIXe et XXe siècles, une posture eurocentrée revendiquant une autorité envers les pays du Proche-Orient et du monde arabe émerge avec l’orientalisme. Aujourd’hui, le terme « Orient » fait également l’objet de débats en ce sens. À travers son intitulé L’Orient de Rembrandt. Rencontre entre l’Est et l’Ouest dans l’art hollandais du XVIIe siècle, l’exposition présentée au Kunstmuseum Basel laisse entendre qu’il s’agit des représentations de jadis liées à ce terme.

L’exposition s’appuie sur un vaste ensemble de récents résultats issus de la recherche et d’expositions sur le thème des échanges culturels entre l’Est et l’Ouest aux temps modernes. Dans ce cadre, le commissaire invité Gary Schwartz a joué un rôle essentiel. Depuis plusieurs décennies, il consacre son travail à Rembrandt parallèlement à d’importantes monographies sur Pieter Saenredam (1989), Jérôme Bosch (2016) et Johannes Vermeer (2017). Dans son ouvrage Rembrandt, his life, his paintings – a new biography paru en 1984, il situe l’artiste dans son univers, étudie le climat intellectuel de l’époque et met en évidence le rôle des commanditaires. La prise en considération du contexte social et intellectuel constituait alors une approche novatrice.

Une autre source importante se trouve au sein même de la collection du Kunstmuseum
Basel qui possède un témoignage de jeunesse majeur de la confrontation de Rembrandt avec le thème de l’exposition : David présentant la tête de Goliath au roi Saül, peinture réalisée en 1627. En outre, le Kupferstichkabinett (cabinet des arts graphiques) dispose d’un fonds de
l’œuvre gravé de Rembrandt remarquable tant sur le plan qualitatif que quantitatif. La généreuse donation d’un ensemble de 150 feuilles consentie par le collectionneur bernois Eberhard W. Kornfeld a contribué à l’élargir considérablement ces dernières années. Plus d’une douzaine de ces feuilles sont visibles au sein de L’Orient de Rembrandt. Une présentation d’Ariane Mensger se tenant simultanément à l’entresol du Hauptbau montre au public d’autres pans de cet exceptionnel ensemble de la collection.

Amsterdam et les sociétés de négoce

Pour quelqu’un n’ayant semble-t-il jamais quitté son pays natal, Rembrandt disposait d’un horizon étonnamment vaste. La ville d’Amsterdam, son lieu de vie, lui offrait à cet égard des conditions idéales en tant que siège et port d’attache des Compagnies néerlandaises des Indes Orientales et Occidentales contrôlant le commerce lointain vers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique et y possédant de vastes colonies. D’autres sociétés de négoce proposant des liaisons vers la Russie, les pays baltes, la mer Méditerranée et le Levant contribuèrent à ce qu’Amsterdam devienne l’un des plus importants creusets culturels de l’Europe au XVIIe siècle. Des ambassadeurs, émissaires et voyageurs de commerce originaires de régions lointaines se rendaient en République des Provinces-Unies, si bien que leur présence faisait partie du quotidien. Tout cela bénéficiait aux nombreux artistes travaillant dans la ville et à Rembrandt en particulier.

L’Orient, terme générique géographiquement imprécis désignant diverses cultures extra-européennes situées à l’Est du monde, a stimulé l’imagination de Rembrandt tout au long de sa vie artistique. Dans des autoportraits, l’artiste s’est figuré à plusieurs reprises vêtu de costumes exotiques. Ses copies d’après les miniatures réalisées à la cour du Grand Moghol témoignent d’une reconnaissance sans précédent d’un artiste hollandais à l’art asiatique. Enfin, il achetait régulièrement du papier japonais qu’il utilisait pour réaliser ses eaux- fortes.

L’exposition ne se limite toutefois pas à la personne de Rembrandt. Des publications et d’autres sources contribuant à la compréhension de l’Orient à cette époque sont présentées aux côtés de nombreuses œuvres de ses collègues artistes et élèves. Un contexte plus large permet d’éclairer, d’une part, ce que le rapport de Rembrandt à l’Est révèle de l’époque et, d’autre part, en quoi son approche singulière de cette aire culturelle se différencie de celle de ses contemporains.

L’Orient de Rembrandt s’attache en particulier à explorer les différentes réactions des artistes de l’Âge d’or hollandais face aux cultures extra-européennes et à leurs productions artistiques.
Comme attendu, il s’agissait d’une part pour les artistes d’adapter les idées en provenance de l’étranger en les transposant au sein de motifs familiers et de leurs propres valeurs. Aussitôt intégrées à la culture locale, les nouveautés importées devenaient marchandises – un modèle d’échange interculturel qui perdure aujourd’hui. D’autre part, il existait cependant aussi des exemples d’artistes hollandais admirant les coutumes de l’ailleurs et témoignant une grande estime aux œuvres d’art provenant de l’Est. Des œuvres d’art, des ouvrages et des documents à la fois fascinants et d’une qualité remarquable révèlent d’importants aspects historico-culturels et artistiques de ce chapitre majeur de l’histoire mondiale.

L’exposition présente un peu plus de 120 œuvres au total, parmi lesquelles figurent aux côtés de peintures nombre de gravures, dessins, miniatures, cartes et ouvrages. Parmi ces œuvres, une centaine sont des prêts consentis par d’importantes collections muséales et particulières du monde entier à l’instar du Rijksmuseum Amsterdam, de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, de la National Gallery, du British Museum et du Victoria and Albert Museum à Londres, de la National Gallery à Washington, du Museo Nacional del Prado et du Museo Nacional Thyssen- Bornemisza à Madrid, du Kunsthistorisches Museum, de l’Albertina, de la Gemäldegalerie der Akademie der Künste à Vienne, du J. Paul Getty Museum à Los Angeles, des Bayerische Staatsgemäldesammlungen à Munich, de la Sammlung Emil Bührle à Zurich et du Kunstmuseum Winterthur.

Catalogue richement illustré (allemand/anglais) aux éditions Prestel-Verlag, München (328 pages, prix musée : env. 49 CHF). Cet ouvrage contient des essais de spécialistes de renom (Eric Spaans, Michael Philipp, Jan de Hond, Gary Schwartz, Roelof van Gelder, Arnoud Vrolijk), mais aussi une abondante partie consacrée au catalogue détaillant chaque pièce exposée.

Kunstmuseum Basel

 

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