Musée Tinguely Bâle : Katja Aufleger Gone

Musée Tinguely Katja Aufleger, NEWTON’S CRADLE, 2013 ©VB

Katja Aufleger. GONE  jusqu’au 14 mars 2021

Katja Aufleger (*1983, Oldenbourg, Allemagne, vit à Berlin) présente au Musée Tinguely sa première exposition individuelle en Suisse. L’artiste y montre de fragiles sculptures, de dangereux produits chimiques, ainsi que des travaux vidéo réalisés ces dix dernières années. Aufleger crée de délicates installations et des films à l’aide de matériaux transparents comme le verre et le plastique, de liquides colorés, mais aussi de composants immatériels à l’instar du son et du mouvement. Ces objets semblent à première vue familiers et attirants, mais en les observant plus attentivement, il s’avère que des tensions indéterminées, voire dangereuses, habitent ces œuvres. À travers ces ambivalences, l’artiste critique l’institution et questionne les structures et les systèmes du pouvoir. 

«The moment is GONE» fait référence aux seules pensées que suscitent les œuvres de Katja Aufleger. Bien que non représentés la plupart du temps, les processus allant de la transformation jusqu’à la destruction sont constitutifs de son travail : l’artiste célèbre cet instant à la fois fugace et plein de tension qui précède la décision. Aufleger s’intéresse à la simultanéité des possibles qui nous implique dans une expérience de pensée en tant que spectateur. L’exposition s’accompagne d’une publication qui propose pour la première fois une vue d’ensemble de son travail.

Musée Tinguely Katja Aufleger, BANG!, 2013–2016 Courtesy Galerie Stampa Basel ©VB

Ne vous y fiez pas : c’est beau et ça vous semble familier ; conseil d’ami :  tenez-vous à distance !
Comme son nom l’indique : Destruction potentielle

Habituellement , le pendule de Newton est un objet inoffensif composé de cinq billes que tout humain occupé à ne rien faire , aime à mettre en mouvement jusqu’à l’hypnose salutaire.  Bon , là , on vous suggère la prudence voire la défiance car la chose – non , il ne s’agit pas de célébrer l’approche de Noël – même si elle n’est composée que de trois boules  pourrait bien vous rejouer le Salaire de la Peur . Les trois ballons en verre du NEWTON’S CRADLE (2013/2020) , sont en effet remplis d’un liquide transparent constitué de  trois composants de nitroglycérine.

L’exposition donne à voir non seulement ce pendule de Newton surdimensionné, réalisé en verre cassant, qui se trouve ainsi condamné à l’immobilité, mais aussi d’autres sculptures de verre colorées, organiques et boursouflées évoquant des vases en verre de Murano semblant anodins bien qu’ils contiennent des substances explosives [BANG! (2013–2016)], ou encore des flacons de produits de nettoyage sans étiquettes mais reconnaissables qui forment un cercle coloré harmonieux et sortent ainsi de leur fonction originelle prosaïque pour se transformer en objets plaisants au regard [AND HE TIPPED GALLONS OF BLACK IN MY FAVORITE BLUE (2014)]. Dans le coin de la salle sont appuyés des tubes colorés que l’on prend au premier abord pour des sortes de didgeridoo directement importés d’Australie , puis , en y regardant de plus près , on aperçoit un emboitement de bouteilles de plastique multicolores , FLUTE  installation à but instrumentiste de l’artiste résultat d’une collaboration avec la school children from Kibera- Bidonville de Nairobi Kenya ) réalisée en 2019 .Des travaux vidéos d’une haute qualité sculpturale dans leur médium bidimensionnel sont également présentés.

Pour matérialiser ses pensées, Katja Aufleger saisit la caméra vidéo ou façonne de l’argile avec ses mains. Néanmoins, pour obtenir des résultats précis, elle charge également des souffleur.euse.s de verre ou des programmeur.euse.s de concrétiser ses idées. Boucles, groupements et répétitions produisent des systèmes cycliques sans commencement ni fin. L’artiste démantèle des structures ou des méthodes familières, les libère de leur connotation évidente pour les doter de nouvelles possibilités. Elle crée des espaces de pensée qu’elle produit grâce à la conversion surprenante de matériaux.

Musée Tinguely Katja Aufleger, EGO, 2015 Courtesy Galerie Stampa Basel ©VB

Katja Aufleger invitée au Musée Tinguely

L’exposition est située à proximité de Mengele-Danse macabre (1986) de Jean Tinguely. Cette œuvre tardive traite de la mort et de l’extermination de manière évidente, tandis que « GONE » ne révèle son impermanence qu’après coup. Les thèmes de l’art éphémère, de la connaissance du changement permanent ou de l’implication du quotidien et des observateur.trice.s dans les arts visuels offrent de nombreux parallèles avec l’œuvre de l’artiste aux machines. D’autres travaux de cette artiste sont exposés dans la grande salle d’exposition à côté de Méta-Maxi-Maxi-Utopia (1987), œuvre de Tinguely dans laquelle il est possible d’entrer, mais aussi dans le couloir et au niveau inférieur du musée. Ils situent ainsi cette artiste contemporaine au sein du musée monographique consacré au cinéticien suisse pour qui la seule constante résidait dans le changement permanent. C’est précisément cette tension – le moment précédant la transformation – à laquelle Katja Aufleger s’intéresse en particulier.

 

Le commissariat de l’exposition est assuré par Lisa Grenzebach en étroite collaboration avec l’artiste.

Musée Tinguely Katja Aufleger, FLUTE, 2019 Galerie STAMPA, Basel ©VB

« Autrefois, on se représentait les sirènes comme des femmes, moitié oiseau, moitié poisson, mais totalement sorcières. Les Sirènes sont des signaux d’alarme : elles sont annonciatrices d’un malheur ».

Quinn Latimer, « The Signature of the Siren is the Silence After : À propos de certains travaux (avec du son, du sable et sans) de Katja Aufleger » in: « Katja Aufleger. GONE » 2020

J’ajouterais :

Tout ce qui brille n’est pas d’or 

Publication
L’exposition s’accompagne d’un catalogue bilingue (ALL/ANG). Première publication scientifique consacrée à l’œuvre de Katja Aufleger, il propose une partie richement illustrée et un aperçu théorique avec un catalogue raisonné de son travail jusqu’à présent. Auteur d’un texte poétique sur la dimension acoustique et politique de son travail, Quinn Latimer aborde ainsi le côté immatériel de son art, tandis que la commissaire de l’exposition Lisa Grenzebach se penche sur la stratégie générale de l’artiste à mi-chemin entre séduction et envie de destruction. Michael Pfisterer, graphiste et artiste, a conçu cet ouvrage qui paraît aux éditions berlinoises DISTANZ.

Katja Aufleger CV
Katja Aufleger vit et travaille à Berlin depuis plusieurs années. Elle a étudié la conception spatiale et le design à l’Akademie Mode & Design (AMD) de Hambourg et a obtenu son diplôme de master en sculpture à la Hochschule für Bildende Künste (HFBK) en 2013 notamment auprès d’Andreas Slominski. Elle est représentée par les galeries Conradi à Hambourg et STAMPA à Bâle. Cette dernière montre la présentation « Because It’s You » parallèlement à l’exposition muséale. Katja Aufleger a fait partie du groupe d’artistes Gallery BRD et a reçu plusieurs récompenses comme le Karl H. Dietze Preis (2012/13) ou le Berenberg Preis für Junge Kunst (2013) et a bénéficié de bourses et de séjours d’artistes. Outre des expositions collectives en Europe, elle a participé à la 6e Biennale internationale d’art de Pékin organisée en Chine en 2015. En 2020, elle participe à l’exposition collective Studio Berlin au Berghain, un club techno de la capitale allemande transformé en salle d’exposition durant la pandémie de Corona. Sur sa façade se détachent ces paroles : « MORGEN IST DIE FRAGE » (« La question c’est demain »).

Musée Tinguely Mengele Totentanz ©VB
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