Musée Tinguely Jean-Jacques Lebel

26 avril 2022

Jean-Jacques Lebel Musée Tinguely avril 2022 Lumière pour l’Ukraine ©VB

Jean Jacques Lebel «La Chose» de Tinguely, quelques philosophes et «Les Avatars de Vénus»
13 avril– 18 septembre 2022

Commissaire de l’exposition Andres Pardey

Jean-Jacques Lebel Musée Tinguely avril 2022 ©VB

Le Musée Tinguely présente du 13 avril au 18 septembre 2022 « Jean-Jacques Lebel, < La Chose> de  Tinguely,  quelques  philosophes  et< Les Avatars de Vénus>».  Cette exposition a pour point de départ le premier happening en Europe organisé par Lebel le 14 juillet 1960 et dans lequel jouait un rôle principal une sculpture de Jean Tinguely, à savoir L’enterrement de la Chose de Tinguely. Sont présentés des documents sur ce happening, quelques Philosophes de Lebel et de Tinguely ainsi que l’œuvre tardive de Lebel, Les Avatars de Vénus.

Jean-Jacques Lebel Musée Tinguely avril 2022 ©VB

Le happening L’Enterrement de la Chose de Tinguely a eu lieu à la suite de la deuxième exposition Anti-Procès, une série de trois manifestations en opposition à la guerre cruelle que menait la France contre les mouvements indépendantistes en Algérie. Il s’agissait là d’exprimer tout à la fois anticolonialisme, rejet du chauvinisme affiché par exemple par la Biennale de Venise et hostilité envers l’art nationaliste ou  patriarcal. L’Enterrement  faisait suite à la mort violente à Los Angeles d’une jeune femme, Nina Thoeren, avec laquelle les organisateurs d’Anti-Procès, Jean-Jacques Lebel et Alain Jouffroy, étaient amis. Thoeren avait auparavant vécu à Venise: son viol et son assassinat ont profondément choqué de nombreuses personnes impliquées. Le happening était une manifestation commémorative. Après une cérémonie avec des femmes en lamentation, une lecture de textes et une mise à mort rituelle de la sculpture, la « Chose » de Tinguely fut chargée sur une gondole, suivie de deux autres portant des spectateurs et spectatrices ; et pour finir, la sculpture fut immergée dans le Canale della Giudecca. C’était le 14 juillet 1960, en fin d’après-midi.Il existe quelques photos de ce happening, un carton d’invitation ainsi que des récits de différentes participant.es.

Avec ce premier happening en Europe, Lebel a posé les bases de son développement artistique futur, entre peinture politiquement engagée et performance. Son objectif déclaré, entièrement placé sous le signe de l’insurrection, du soulèvement, de la révolte et de la désobéissance, est alors de faire sauter toutes les frontières sociétales. Dans les années 1960, à travers les Festivals de la Libre Expression, Lebel envisage la rupture avec toutes les normes comme le début d’une nouvelle société. Son art et sa pensée ont été marqués par l’étude, sa vie durant, des textes de Bakounine, Nietzsche, Stirner. Ses positions sont marquées du reste par un regard extrêmement critique sur les politiques publiques.

Jean-Jacques Lebel Musée Tinguely avril 2022 ©VB

Parmi ses ceuvres tardives figure une installation vidéo quatre canaux, Les Avatars de Vénus (2007), dans laquelle Lebel s’interroge, à travers l’image de la femme, sur la mémoire collective et les archétypes, tels qui déterminent l’histoire des arts et des cultures comme un changement continu. C’est le regard de l’artiste sur la représentation de la femme, dans 7 000  illustrations  issues de cultures et de contextes les plus variés, qui, ce  faisant,  devient le sujet de l’installation. Celle-ci est visible dans l’exposition, aux côtés de documents sur le happening de 1960 et quelques portraits de Lebel de« ses» philosophes, Bakounine, Dostoïevski, Duchamp, Nietzsche, Spinoza, qui font face à deux philosophes de Tinguely, Kropotkine et Bergson.

Carte d’invitation à L’enterrement de la Chose de Tinguely, Venise, 14 juillet 1960
© 2022 Museum Tinguely, Basel

Jean Jacques Lebel était l’initiateur d’Anti-Procès, une exposition inaugurée le 18 juin 1960 qu’il avait organisée avec Alain Jouffroy et Sergio Rusconi à la Galleria del Canale à côté de l’Accademia. Quelques mois auparavant, une exposition éponyme avait déjà eu lieu à la galerie parisienne Les Quatre Saisons ; une troisième édition se déroulera à Milan en 1961. Ces trois expositions s’élevaient contre la politique impérialiste d’États européens, en particulier contre la politique et la guerre menées par la France en Algérie à l’encontre des mouvements indépendantistes. Les artistes hommes et femmes protestaient contre les violences insoutenables pratiquées par les forces françaises en Algérie. À Paris, un manifeste contre la violence et le terrorisme avait déjà été publié. À Venise – où se déroulait alors la Biennale –, Anti-Procès porta également son attention sur la marchandisation de l’art et la banalisation en résultant.

À l’instar de tous les autres artistes, Tinguely avait mis son œuvre à disposition de cette exposition, conscient qu’il n’y vendrait presque rien. « Jette-la dans le canal » avait déclaré Tinguely dans le cas (probable) où sa sculpture n’aurait pas été vendue lors de l’exposition. Lorsque Lebel apprit la nouvelle du meurtre de Nina Thoeren, il obtint l’accord de Tinguely pour L’enterrement de la Chose et organisa le prélude du happening dans le Palazzo Contarini-Corfù autour de lectures : lui-même lut un texte du marquis de Sade. Alan Ansen, poète américain de la Beat Generation, lut des extraits de Là-bas de Joris-Karl Huysmans, puis la sculpture de Tinguely, qui était recouverte d’un tissu, fut poignardée de manière théâtrale. Par la suite, un « cortège funèbre » se forma derrière les quatre hommes qui portèrent la sculpture jusqu’à une grande gondole. Les invités montèrent à bord des gondoles qui descendirent le Grand Canal, jusqu’à ce qu’un cercle se formât et que la sculpture sombrât lentement dans l’eau de la lagune.

Le happening, documenté par des photographies, figure au centre de l’exposition de Jean-Jacques Lebel. D’autres œuvres présentent son travail depuis 1960, ses Philosophes et Les Avatars de Vénus, installation vidéo dans laquelle il mène une réflexion sur les archétypes au sein de la mémoire collective, à l’aide d’images représentant la femme dans l’art et la société.

Jean-Jacques Lebel Musée Tinguely avril 2022 ©VB

L’exposition est accompagnée d’une publication qui documente le happening L’enterrement de la Chose de Tinguely (14 juillet 1960) et le place dans le cadre des manifestations sur Anti-Procès (avril 1960, Paris, juin 1960 Venise, juin 1961 Milan) et qui raconte une rencontre de Lebel et Tinguely avec Duchamp (hiver 1961/1962). 

MUSEE TINGUELY BÂLE

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