Le Détour Daniel Carrot Vincent Vanoli ©VB

Vincent Vanoli dessinateur à racines

La semaine passée , le dessinateur Vincent Vanoli était reçu au Détour Saint-Louis par Daniel Carrot pour dédicacer son dernier opus  » La Grimace « , édité comme souvent par l’Association . Cette fois-ci , Vincent revient à ses origines et nous les conte avec force détails graphiques en noir et blanc distillés sur fond de nostalgie à l’adresse de la région qui l’a vu grandir  puis partir : la Lorraine . Adolescent , il y emmagazine des souvenirs épars qu’il reproduit dans La grimace d’une façon qui pourrait paraître un rien désordonnée , on y croise la famille , les gars du quartier , la maison de son enfance nimbée de la  grisaille sans surprise propre aux régions nouvellement titrées Hauts de France . Lui-même se met en scène en lunetteux sèrieux un peu vieux en vadrouille dans le passé grâce à l’escalier un peu comme Alice s’engouffre dans un monde parallèle en glissant dans un trou de terre sans fin . 

Dans le monde de Vincent Vanoli , tout est durcheinander : les maisons ressemblent à des créations Herzog-Demeuron , les personnages disloqués semblent toujours à la recherche de leurs bras ou de leurs jambes – je pense très fort au grand Gotlib mais aussi à Crumb -. Est-ce parce que le sujet est plutôt triste – la déglinguerie d’une région à l’aube de perdre ses usines et de laisser des familles entières sans ressources – que le dessinateur et ses créatures sont affublées d’un appendice nasal risible sans doute pour mieux renifler les effluves nauséabondes des champs et des bois moisis de novembre. Du coup , on s’y croirait vraiment ! Il y a des moments de grâce dont notre auteur se souvient avec délectation comme ce voyage entrepris avec son père au grenier pour montrer fièrement les livres offerts pour son certif , Croc-Blanc et Capitaine Fracasse , ça nous parle bien sur. Même si Longwy  est sale et morose , une cité repeinte en gris tirant sur le noir , Vincent n’aime pas quitter sa ville pour partir en colo  à la mer, mais lorsqu’il s’agit de prendre le bus pour le match de hand de Moineville , ses souvenirs se font précis , animés , presque tendres.

Vincent Vanoli se souvient , et nous avec , des Hauts fourneaux d’ou l’on extrayait la fonte et qui faisaient vivre la région toute entière . Il s’interroge sur l’absence de traces laissées , regrette que les journées du patrimoine doivent se contenter de valoriser le musée du fer à repasser plutôt que la création d’un écomusée retraçant l’histoire socio-économique de la Lorraine autour de la sidérurgie qui a façonné les vies de familles de génération en génération.

Deux ou trois choses qui pourraient aider à accompagner l’auteur au fil des pages.

 « Il y a la grimace de la honte de soi . Il y a la grimace de la moquerie. Celles de la colère et de la douleur. »

« Le ballet de la rue sert de véhicule à l’esprit qui s’ennuie. »

 » La nuit devait me reconstituer et pendant le jour , mes différentes parties , nous nous cachions « .

Le Détour Saint-Louis Daniel Carrot Vincent Vanoli ©VB
Le Détour Saint-Louis Daniel Carrot Vincent Vanoli ©VB

Vincent Vanoli est né en 1966 en Meurthe et Moselle. Il a produit à ce jour plus de 60 ouvrages . Il exerce en qualité de prof d’arts plastiques depuis 2005 à Mulhouse. Son ouvrage Rocco et la Toison, paru en 2016 à L’Association a été sélectionné au Festival d’Angoulême.  

Site officiel Vincent Vanoli

Partager cet article :