Vitra Design Museum Les femmes à l’honneur

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22 janvier 2022

Vitra Design Museum 2022©VB


Charlotte Perriand Le Corbusier Jeanneret 1928 Women in Design Vitra Design Museum ©VB

Vitra Design Museum Women in Design Desirée Heiss Ines Haag 1997 Studio Bless ©VB

Vitra Design Museum Journée de la Femme 1914 Women in Design 2022 ©VB

Vitra Design Museum Women in Design Affiche Arts Menagers Ministere de l’Instruction Publique 1931©VB

Vitra Design Museum Vote des femmes Women in Design 2022 ©VB

Here We Are! Women in Design 1900 – Today Du 23 septembre 2021 au 6 mars 2022, Vitra Design Museum

Que ce soit en tant que créatrices de meubles, de mode ou de produits industriels, en tant qu’architectes d’intérieur ou entrepreneuses, les femmes ont joué un rôle majeur dans le développement du design moderne. Pourtant, elles sont beaucoup moins présentes que les hommes dans les livres sur l’histoire du design. À travers son exposition « Here We Are! Women in Design 1900 – Today », Vitra Design Museum a pour ambition de les sortir de l’ombre. L’exposition met à l’honneur des créatrices des 120 dernières années et raconte une nouvelle histoire du design à plusieurs voix sur fond de lutte pour l’égalité des droits. Les réalisations de quelque 80 femmes designers sont exposées, parmi lesquelles des protagonistes du modernisme comme Charlotte Perriand, Clara Porset, Eileen Gray, et Jeanne Toussaint, des entrepreneuses comme Florence Knoll et Armi Ratia, mais aussi des personnalités moins connues telles que la réformatrice sociale Jane Addams. Les positions contemporaines sont représentées par des femmes designers telles que Matali Crasset, Patricia Urquiola, Julia Lohmann ou le collectif  Matri- Archi(tecture) et invitent le public à un voyage dans le présent et le futur.

Aujourd’hui, près de la moitié des étudiants en design sont des femmes, et celles-ci sont à l’avant- garde dans de nombreux domaines d’avenir du design. Grâce à la grande diversité des objets exposés, l’exposition « Here We Are! Women in Design 1900 – Today » retrace l’effort créatif et les conditions de travail des femmes dans le domaine du design, du début du modernisme à nos jours : des objets emblématiques d’Eileen Gray aux réseaux militants d’aujourd’hui et la recherche sur le design féministe, en passant par des redécouvertes jusqu’alors peu connues. Cette rétrospective offre ainsi une analyse sur une question sociale très actuelle qui pose un regard nouveau sur le design moderne.

L’exposition s’articule autour de quatre thématiques et invite le public à un voyage à travers les 120 dernières années de l’histoire du design. La première thématique met en lumière le développement du design en Europe et aux États-Unis, où la profession de designer moderne est apparue vers 1900, au moment même où les femmes luttaient publiquement pour une plus grande participation politique. Ces mouvements d’émancipation se sont également reflétés dans le design, par exemple dans les créations des réformatrices sociales Jane Addams et Louise Brigham, qui relèveraient aujourd’hui du terme « design social ». À la même époque, la New-Yorkaise Elsie de Wolfe marquait de son empreinte le secteur émergent de l’architecture intérieure. Les réalisations des créatrices du Bauhaus, de l’école russe Vkhoutemas (Ateliers supérieurs d’art et de technique) ou des Ateliers allemands de Dresde-Hellerau sont mis à l’honneur. La présentation de l’école Loheland, qui, comme le Bauhaus, a été fondée en 1919, mais n’acceptait que les femmes, permet de découvrir un univers jusqu’alors largement inexploré. Si au Bauhaus, femmes et hommes étudiaient ensemble, les femmes étaient cantonnées à certaines disciplines telles que le design textile ou céramique. Il apparaît clairement que les femmes, bien qu’elles aient eu de plus en plus la possibilité de se professionnaliser dans les métiers du design grâce à de meilleures conditions de formation, ont été souvent contraintes de se conformer aux modèles de rôle traditionnels.

La deuxième thématique de l’exposition est consacrée aux années 1920 à 1950. À cette époque, des créatrices telles que Charlotte Perriand, Eileen Gray ou encore Clara Porset ont connu leurs premiers succès au niveau international dans une société toujours patriarcale. Dans l’industrie du luxe parisien, Jeanne Toussaint laisse son empreinte sur les créations joaillières et horlogères de la maison Cartier. D’abord à la tête du « Département S », dédié à la création d’objets destinés à la femme moderne des années 1920, elle devient directrice artistique de la maison et promeut à travers les créations Cartier une image progressiste de la femme. Parmi les femmes designers exposées, certaines ont travaillé en étroite collaboration avec leurs conjoints, comme Ray Eames avec son mari Charles ou Aino Aalto avec Alvar Aalto. Les créatrices ont souvent été éclipsées par ceux avec qui elles ont travaillé en étroite collaboration, mais comme le montre l’exposition, dans de nombreux cas, leur contribution à l’œuvre collective été bien plus importante que ce que l’on pensait jusqu’à aujourd’hui. L’exemple le plus connu est celui de Charlotte Perriand dont l’importance en tant que designer indépendante a été largement médiatisée ces dernières années, notamment par une réévaluation complète de son rôle dans les légendaires créations de meubles qu’elle a développées avec son célèbre collaborateur Le Corbusier. D’autres créatrices du design présentées ici ont travaillé de manière indépendante tout au long de leur vie, comme la céramiste Eva Zeisel, à laquelle le MoMa de New York a consacré une exposition monographique dès 1946. L’exposition montre que d’autres femmes designers, comme par exemple Trude Petri, méritent une plus grande attention.

La troisième thématique s’intéresse à la période allant de 1950 à la fin des années 1980, au cours de laquelle une deuxième vague de féminisme a contré la mentalité conservatrice de l’après-guerre, notamment à partir des années 1960. Des exemples tels que l’Exposition suisse sur le travail féminin (Saffa) organisée en 1958 montrent que dans le design aussi, les femmes étaient souvent associées à des activités domestiques, mais qu’elles ont néanmoins réalisé des œuvres extraordinaires. Les modèles de rôle et les opportunités pour les femmes dans le domaine du design n’ont cessé d’évoluer : les dessins de coquelicots de Marimekko des années 1970 ou les objets postmodernes, parfois spectaculaires, de créatrices italiennes telles que Nanda Vigo, Gae Aulenti ou Cini Boeri témoignent de l’ambivalence et des bouleversements de cette ère mouvementée. C’est également à cette période que Galina Balachova réalise l’aménagement de nombreux intérieurs futuristes de vaisseaux pour le programme spatial russe. Depuis quelques années, on découvre son œuvre jusqu’alors presque inconnue.

La quatrième thématique de l’exposition nous plonge dans le présent. Les œuvres de créatrices du design de renommée internationale telles que Matali Crasset, Patricia Urquiola, Inga Sempé, Ilse Crawford ou encore Hella Jongerius démontrent que les femmes dans le domaine du design connaissent aujourd’hui le même succès international que leurs homologues masculins. Certaines femmes designers vont jusqu’à bousculer les limites établies de leur discipline et contribuent de manière significative à redéfinir le design. Citons notamment Julia Lohmann, qui explore le potentiel des algues marines comme nouveau matériau durable, ainsi que Christien Meindertsma, qui s’intéresse de près aux processus de production. Parallèlement, cette thématique de l’exposition présente une sélection d’initiatives actuelles illustrant la manière dont le discours féministe dans le domaine du design et de l’architecture interroge les modèles de paternité, de formation et de reconnaissance et les relie à la diversité et à l’intersectionnalité. Dans l’œuvre « Weaving Constellations of Identity » réalisée spécialement pour l’exposition, le collectif Matri-Archi(tecture) aborde les expériences personnelles de femmes designers africaines et noires, tandis que de nombreux réseaux et publications lancent le débat sur les structures et récits établis du design. Avec ses ateliers et sa plateforme communautaire, par exemple, le réseau et collectif Futuress propose un contre-projet face à l’enseignement supérieur et ses nombreuses restrictions.

En passant en revue toutes ces positions, l’exposition « Here We Are! Women in Design 1900 – Today » se veut aussi variée que les discussions sur le féminisme dans notre société actuelle. Elle offre un regard nouveau et contemporain sur l’histoire du design moderne, et donne matière à réflexion sur ce que devrait être le design au XXIe siècle, qui le définit et à qui il s’adresse.

Commissaires d’exposition : Viviane Stappmanns, Nina Steinmüller, Susanne Graner

Contact :  www.design-museum.de T +49.7621.702.3200

info@design-museum.de

Vitra Design Museum Simone de Beauvoir Le Deuxieme Sexe 1949 Expo Women in Design©VB
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